"La réouverture s'est faite trop rapidement" : la Chine confrontée à une explosion de cas de Covid

F.R. | Reportage TF1 de Marine Zambrano et Yanjun Rou
Publié le 27 décembre 2022 à 22h40, mis à jour le 30 décembre 2022 à 12h30

Source : JT 20h Semaine

Avec la levée de la politique "zéro Covid", la Chine est confrontée à une flambée des cas de contamination et une vague de décès.
Les hôpitaux, les crématoriums et tout le système de santé sont submergés.
Officiellement, pourtant, les autorités ne font état que de six morts.

La Chine a annoncé la fin, dès le 8 janvier prochain, des quarantaines obligatoires à l'arrivée dans le pays, dernier vestige de sa stricte politique sanitaire du "zéro Covid", qui isolait le pays depuis près de trois ans. Dans les rues de Shanghai, de Pékin, les magasins rouvrent, les centres de quarantaine sont démantelés et la vie reprend son cours normal. La mesure, prise sans préavis par le gouvernement, intervient après une vague de manifestations contre la politique sanitaire menée par les autorités. 

Mais, l'abandon des strictes mesures sanitaires début décembre, la Chine est confrontée à une explosion des cas de Covid-19, et des morts. Les vidéos se multiplient sur les réseaux sociaux, montrant le chaos dans les hôpitaux, submergés de patients, et les files d'attente devant les crématoriums.

Où sont les experts qui ont décrit le Covid comme un rhume ?
Habitant de Pékin

À Pékin, les passants, interrogés par les reporters de TF1 dans le reportage en tête de cet article, sont partagés. "On allait mourir si on ne rouvrait pas. L'économie, c'est le plus important", juge l'un d'entre eux. Mais d'autres sont dans l'incompréhension, et fustigent la décision des autorités. "La réouverture s'est faite trop rapidement, beaucoup de gens le pensent. En termes de médicaments, d'équipements, nous n'étions pas prêts", estime un jeune homme, tandis que son ami s'insurge : "Où sont les experts qui ont décrit le Covid comme un rhume ? Invitons-les à visiter les crématoriums, ils comprendront la situation"

Après trois ans d'une politique sanitaire extrêmement stricte, où un seul cas de Covid pouvait conduire au confinement d'un immeuble ou un quartier entier, la population chinoise, peu vaccinée, n'a pas pu développer d'immunité collective. Ce qui explique, en partie, cette véritable flambée des cas. Dans les hôpitaux de Shanghai, les halls d'entrée sont transformés en salles de soin. Des stades entiers sont même réquisitionnés pour faire face à l'afflux de patients.

Des centaines de patients par jour aux urgences

Aux urgences de l'hôpital Tongren de Pékin, une centaine de patients sont admis chaque jour. "Désormais, tous nos services de médecine interne sont réquisitionnés pour soutenir le département des urgences et de la fièvre. Avant, on avait environ 160 patients par jour aux urgences. Maintenant, on dépasse les 360 personnes", détaille Wang Dawei, médecin en chef adjointe de l'établissement.

De nombreux crématoriums rapportent également un afflux inhabituellement élevé de corps à incinérer. Dans le nord du pays, une vidéo d'un employé, diffusée sur les réseaux sociaux, montre de nombreux de cercueils jonchant le sol. "Regardez ! Regardez, il y en a partout ! Tout ça, c'est ce qu'on a eu en deux jours. Aujourd'hui, on a incinéré entre 50 et 60 corps", affirme le témoin.

Malgré ce raz de marée, les autorités chinoises continuent d'affirmer que le virus est moins virulent qu'avant. Officiellement d'ailleurs, seulement six morts ont été recensés depuis la levée des mesures sanitaires. Plusieurs sources occidentales évoquent plutôt le chiffre de 500.000 morts, et de plusieurs millions de cas quotidiens. 

Selon les estimations de plusieurs études occidentales, cette levée des restrictions pourrait entraîner la mort d'environ un million de personnes ces prochains mois. De son côté, le gouvernement chinois a annoncé qu'il ne publierait plus de statistiques sur le Covid. Seules les personnes directement mortes d'une insuffisance respiratoire liée au Covid sont désormais comptabilisées comme décédées de la maladie.

Dans sa première intervention publique depuis l'abandon de la politique "zéro Covid", le président Xi Jinping a ordonné de "bâtir un rempart solide contre l'épidémie" et de "protéger" les vies en Chine. "La prévention et le contrôle du Covid-19 en Chine sont confrontés à une situation nouvelle avec de nouvelles tâches", a estimé ce lundi 26 décembre l'homme fort de Pékin, affirmant la nécessité de "mener une campagne de santé patriotique plus ciblée".


F.R. | Reportage TF1 de Marine Zambrano et Yanjun Rou

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