Tuerie du Maine : la police américaine a-t-elle ignoré des signaux d'alerte ?

par F.Se Avec AFP
Publié le 31 octobre 2023 à 18h39

Source : JT 20h WE

Robert Card est l'auteur d'une des tueries les plus meurtrières de ces dernières années aux États-Unis.
Le 25 octobre dernier, il a tué 18 personnes et en a blessé 13 autres dans le Maine.
Des collègues et des proches avaient alerté les autorités depuis des mois sur le risque qu'il commette un tel acte.

Armé d'un fusil semi-automatique, Robert Card a ouvert le feu le 25 octobre dernier dans un bowling de Lewiston, puis une dizaine de minutes plus tard, dans un bar-restaurant de cette ville de 36.000 habitants du Maine au nord-est des États-Unis, tuant au total 18 personnes et faisant 13 blessés. Selon des documents officiels publiés ce mardi, l'armée et le shériff local avaient été alertés depuis plusieurs mois, par plusieurs sources différentes, sur le risque que ce réserviste militaire ne commette un acte de ce type.

L'auteur des fusillades souffrait d'importants troubles mentaux au point qu'un de ses collègues craignait qu'il ne projette une "tuerie de masse", selon ces documents, obtenus initialement par le quotidien Boston Globe. L'ex-épouse et le fils de Robert Card avaient également signifié à la police locale en mai dernier qu'il était devenu paranoïaque, "entendait des voix" et avait stocké une grande quantité d'armes. Dans la petite ville de Bowdoin, où il a passé l'essentiel de sa vie, nul n'ignorait son instabilité psychique, et certains des habitants ont compris qu'il était à l'origine de la tuerie avant même que son nom ne soit rendu public.

Le corps de ce réserviste de l'armée de 40 ans a été découvert vendredi soir dernier dans un semi-remorque sur le parking d'une entreprise de recyclage pour laquelle il avait travaillé, où il se serait s'était suicidé avec une arme à feu, selon les autorités. C'était l'épilogue d'une traque de deux jours, pendant lesquels la population de toute la région s'était calfeutrée dans la peur de cet homme armé et prêt à tout.

En tout, sept personnes ont perdu la vie dans le bowling, huit dans le bar-restaurant et trois blessés ont succombé à l'hôpital. Les victimes sont âgées de 14 à 76 ans. Parmi elles, un père de 44 ans et son fils de 14 ans, et un couple de 73 et 76 ans. C'est une des pires tueries de ces dernières années aux États-Unis. La police a récupéré trois armes à feu, deux près du corps de Robert Card et une dans sa voiture qui était stationnée dans les environs. Toutes ont été achetées légalement, car Robert Card n'avait jamais fait l'objet d'une hospitalisation psychiatrique commise d'office, ce qui l'aurait légalement disqualifié pour cela.

Obsession paranoïaque

D'après les nouveaux documents, les alertes qu'avait reçues le shériff du comté de Sagadahoc, où résidait Robert Card, étaient beaucoup plus explicites que ce que les autorités locales avaient concédé jusqu'ici. Des membres de sa famille avaient notamment rapporté dès le mois de mai qu'il entendait des voix et semblait de plus en plus paranoïaque. L'homme de quarante ans était persuadé que tout le monde le soupçonnait d'être pédophile, ce qui n'était pas le cas selon eux. 

La même obsession l'avait amené à créer un incident à l'académie militaire de West Point en juillet, où il avait accusé "plusieurs autres soldats" de le traiter de pédophile, rapporte le New York Times. Des agissements qui avaient poussé la réserve américaine à l'envoyer pour deux semaines dans une unité psychiatrique.

 

Dans une lettre transmise en septembre au bureau du shérif local, la réserve de l'armée américaine a indiqué, en s'appuyant sur le témoignage d'un des collègues réservistes de Robert Card, que ce dernier risquait de "péter un câble" et de "perpétrer une tuerie de masse". Fort de ces informations, le bureau du shérif avait envoyé un sergent sonner à la porte de Card le 16 septembre. Il n'avait pas obtenu de réponse, mais avait consigné dans son rapport avoir entendu bouger dans la maison. 

Les autorités locales ont également contacté la famille du réserviste, pour qu'elle tente de l'éloigner de ses armes, mais sans mandater d'agent des forces de l'ordre pour les confisquer. Jusqu'ici, les autorités de l'État n'avaient mentionné qu'une seule interaction du tueur avec la police, lors d'une arrestation pour conduite en état d'ivresse en 2007. La presse américaine relève que les bureaux du Shériff auraient pu utiliser une loi du Maine, le "drapeau jaune", qui permet de confisquer les armes d'un citoyen de l'État après une évaluation psychiatrique, sous la supervision d'un juge. Robert Card avait accumulé "entre dix et quinze" armes à feu, avait prévenu dès le mois de mai son ex-femme, en rapportant l'aggravation de son comportement paranoïaque aux hommes du shériff.


F.Se Avec AFP

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