TF1 a pu pénétrer en exclusivité dans l’enceinte du CECOT, la plus grande prison d’Amérique latine.
Quelque 25.000 criminels, considérés comme les plus dangereux du Salvador, s’y entassent dans des cellules hébergeant 80 détenus.
Plongée au cœur de ce pénitencier unique en son genre.

Les images officielles de son inauguration, il y a un an, avaient choqué la planète entière. On y voyait des prisonniers enchaînés et presque nus, transférés le dos courbé, à marche forcée, entre les murs flambant neufs du CECOT, le centre de confinement du terrorisme, la plus grande prison du Salvador, et de toute l’Amérique latine. Quelque 25.000 criminels, les plus dangereux du pays, s’y entassent aujourd’hui, conséquence de l’état d’urgence décrété en mars 2022 par le Président Nayib Bukele. Ce pénitencier unique en son genre fait figure de clé de voute de sa politique de guerre totale contre les gangs. Dans notre grand reportage à retrouver en tête de cet article, diffusé ce mardi dans le JT de 20H, les caméras de TF1 dévoilent l’envers de cette communication.

Derrière les murs de 10 mètres de hauteur, isolés au cœur de la jungle salvadorienne, les détenus partagent des cellules hébergeant 80 personnes. Ils ne verront plus jamais la lumière du jour. Assassinats, extorsions, prises d’otages... Les motifs de condamnation impliquent, ici, un enfermement à vie. Tous les prisonniers de l'aile à laquelle nous avons eu accès font partie du Barrio 18, l’un des gangs les plus dangereux au monde. La guerre de territoire contre leurs rivaux de la Mara 13, pour contrôler le trafic de drogue et les dizaines de millions de dollars qu’il engendre, a causé la mort de 120.000 personnes dans ce pays d’à peine 6 millions d’habitants, souvent en plein jour sur les marchés.

Gardé dans un rayon de deux kilomètres par des militaires armés jusqu’aux dents et d’innombrables barbelés, le CECOT présente ensuite une dizaine de miradors surplombant son entrée. À l’intérieur, un gardien nous montre l’impressionnant arsenal de guerre dont lui et ses collègues disposent : "Ce sont nos fusils d’assaut, avec des munitions de 5,6 mm." Devant chaque cellule, des policiers, eux aussi lourdement armés, se relaient 24 heures sur 24. Derrière les barreaux, un simple trou dans un coin de la pièce fait office de toilettes, sans chasse d’eau. Juste deux bassins et un seau, pour 80. 

Salvador, un pays en guerre contre les gangs : les dessous de notre reportageSource : TF1 Info

"Ils n’ont pas de matelas, seulement une planche de métal. C’est là qu’ils dorment et qu’ils vivent. Ils ne sortent jamais de ce bâtiment. Ils ont droit à 50 minutes d’activité par jour, mais tout se fait à l’intérieur", détaille encore le gardien, en surveillant du coin de l’œil des détenus en pleine séance de pompes à même le sol, devant la porte de leur cellule. Entrer ici a demandé plusieurs mois de négociations à TF1.

Nous avons pu interviewer un détenu, choisi par les gardiens. Henri, 50 ans (dont 35 au service de son gang) et des dizaines de meurtres à son actif, dirigeait un groupe d’une trentaine d’assassins. "Je suis l’un des pionniers du Barrio 18. Je fais partie de ceux qui l’ont implanté ici. Et aujourd’hui je le regrette car énormément de Salvadoriens ont perdu la vie", lâche-t-il, conscient qu’il va "probablement mourir ici". Selon lui, malgré les 74.000 membres présumés de gangs arrêtés en 18 mois, "il y a encore beaucoup de membres du Barrio dehors". À terme, le CECOT accueillera 40.000 détenus, pour régler le problème de surpopulation et d’insécurité dans les autres prisons du Salvador. Les mineurs peuvent y être incarcérés dès l’âge de 12 ans.


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 : Ignacio Bornacin, David Pirès, Elodie Duboscq

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