Annexions, mobilisation... Poutine choisit l'escalade

VIDÉO - Ukraine : comment Poutine musèle la couverture du conflit par les médias russes

La rédaction de TF1info | Reportage TF1 : Quentin Fichet et Florence Couturon
Publié le 26 février 2022 à 20h59, mis à jour le 27 février 2022 à 12h17
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Source : JT 20h WE

Pour les habitants de Russie, le conflit en cours en Ukraine ne concerne guère que le Donbass.
Et pour cause, la quasi-totalité des médias sont contrôlés par le Kremlin, qui a d'ailleurs resserré sa surveillance.
Seule alternative, les réseaux sociaux, auxquels les autorités russes viennent justement de restreindre l'accès.

"Les tirs ukrainiens sur les quartiers résidentiels de Donetsk sont de plus en plus fréquents". À écouter l'envoyé spécial de cette chaîne d'État russe, comme on le voit dans le sujet de TF1 en tête d'article, la guerre n'a lieu qu'au Donbass, et elle est causée par des exactions ukrainiennes. Un téléspectateur russe ordinaire n'a d'ailleurs que peu de chances d'entendre parler de ce qui se passe actuellement à Kiev, ou dans toute l'Ukraine. 

Le conflit est parfois évoqué, mais il n'est bien sûr pas qualifié d'invasion. "Notre pays n'occupe pas les territoires ukrainiens", affirme ainsi une présentatrice sur une autre chaîne, "il aide à démilitariser et à dénazifier l'Ukraine". La rhétorique du Kremlin est reprise au mot près, et pour cause : Vladimir Poutine contrôle non seulement les chaînes publiques, mais aussi les groupes industriels qui détiennent les médias privés. 

Son récit des évènements est ainsi imposé partout, et depuis le début du conflit, son contrôle s'accentue. Outre une surveillance plus serrée de la façon dont les médias rendent compte de la situation, les autorités ont aussi restreint l'accès à Facebook depuis le 25 février, en qualifiant de "censure" la vérification des informations opérée par la plateforme - souvent défavorable à la ligne officielle. 

Une vision "paranoïaque" du monde

"Cette vision paranoïaque que Poutine a du monde, elle a été inculquée systématiquement par la télévision russe pendant des années, confirme la spécialiste de la Russie Françoise Thom. C'est un véritable lavage de cerveau". Pour ceux qui tentent de publier des informations divergeant du récit officiel, l'issue est souvent tragique : quarante journalistes ont ainsi été tués en Russie depuis l'accession de Vladimir Poutine au pouvoir, en 2000. 

"Agents de l'étranger"

Une loi vise spécifiquement les reporters indépendants critiques du régime : 118 médias et journalistes sont classés comme "agents de l'étranger", un statut particulièrement contraignant. "Ils doivent inscrire qu'ils sont 'agents de l'étranger' avant chaque publication", témoigne la représentante de Reporters Sans Frontières pour l'Europe de l'Est, "même s'il s'agit d'un post Facebook ou Twitter". La pression qui s'exerce sur eux va même plus loin, poursuit Jeanne Cavelier : "Ils doivent donner une liste de leurs dépenses et de leurs revenus au ministère de la Justice, tous les trois mois, y compris pour une brosse à dents ou un café."

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En France, les médias d'État russes se sont également installés depuis plusieurs années, avec la chaîne de télévision RT (acronyme de Russia Today) ou le site web Sputnik, qui ont réussi une percée dans l'opinion lors de la crise des Gilets jaunes. Si des journalistes français de la chaîne insistent pour que l'on distingue l'origine de son financement de son contenu, le sénateur français Laurent Lafon (UDI) en a formellement demandé la suspension.


La rédaction de TF1info | Reportage TF1 : Quentin Fichet et Florence Couturon

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