Annexions, mobilisation... Poutine choisit l'escalade

Guerre Russie-Ukraine : ce que l'on sait de l'attaque de la centrale nucléaire de Zaporijjia

Justine Briquet-Moreno
Publié le 4 mars 2022 à 6h25, mis à jour le 19 août 2022 à 17h02
JT Perso

Source : JT 20h WE

Un incendie s'est déclaré dans la nuit de jeudi à vendredi dans la plus grande centrale nucléaire d'Europe en Ukraine suite à des bombardements russes.
Kiev accuse Moscou d'avoir recours à la "terreur nucléaire" et presse l'Europe à agir.
Il n'y aurait pas eu de fuite radioactive, mais deux personnes ont été blessées et les forces russes contrôlent toujours le site.

La centrale nucléaire de Zaporijjia, considérée comme la plus grande d'Europe, a été bombardée par l'armée russe, ce vendredi en plein milieu de la nuit. Conséquence, un incendie s'est déclaré sur le site pendant plusieurs heures. Selon Kiev, des tirs de chars russes sur la centrale ont mis le feu à un bâtiment consacré aux formations et à un laboratoire. Les services de secours ont indiqué avoir pu accéder au site vers 6h20 (4h20 GMT) et éteindre l'incendie, après en avoir été un temps empêchés par les soldats russes. 

"La sécurité nucléaire est maintenant garantie", a affirmé sur Facebook Oleksandre Staroukh, chef de l'administration militaire de la région de Zaporijjia. L'attaque n'a fait aucune victime, ont indiqué les secours ukrainiens sur Facebook. L'organisme de l'État ukrainien chargé de l'inspection des sites nucléaires a par ailleurs indiqué qu'il n'avait constaté aucune fuite radioactive, et que "aucun changement sur le plan de la radioactivité n'a été constaté".

Mais les forces russes occupent le territoire de la centrale nucléaire, a-t-il indiqué l'agence d'inspection des sites nucléaires, affirmant que le personnel assurait l'exploitation du site. "Le territoire de la centrale nucléaire de Zaporijjia est occupé par les forces armées de la Fédération de Russie. Le personnel opérationnel contrôle les blocs énergétiques et assure leur exploitation en accord avec les exigences des règlements techniques de sécurité d’exploitation", a-t-il précisé.

Face à cette attaque inédite, le Conseil de sécurité de l'ONU se réunira en urgence vendredi en fin de matinée (heure de New York, où se trouve son siège) à la demande du Royaume-Uni afin d'étudier les conséquences des bombardements russes dans la nuit sur la plus grande centrale nucléaire ukrainienne, selon des diplomates. 

Aucun autre pays à part la Russie n'a jamais tiré sur une centrale nucléaire

Volodymyr Zelensky, président ukrainien

"Répéter Tchernobyl"

Face à cette énième attaque, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé que Moscou, par cet acte, a recours à la "terreur nucléaire" et de vouloir "répéter" la catastrophe de Tchernobyl, la plus grave de l'Histoire en 1986. Il a appelé à "une action européenne immédiate"  pour "empêcher que l'Europe ne meure d'un désastre nucléaire". "Nous alertons sur le fait qu'aucun autre pays hormis la Russie n'a jamais tiré sur des centrales nucléaires. C'est la première fois dans notre histoire, la première fois dans l'histoire de l'humanité.", a-t-il affirmé avant de qualifier la Russie d'"État terroriste".

"L'Ukraine compte quinze réacteurs nucléaires. S'il y a une explosion, c'est la fin de tout. La fin de l'Europe. C'est l'évacuation de l'Europe", a-t-il poursuivi. "Seule une action européenne immédiate peut stopper les troupes russes. Il faut empêcher que l'Europe ne meure d'un désastre nucléaire", a ajouté le président ukrainien. Selon lui, ce sont des chars russes qui ont ouvert le feu sur la centrale. "Ces chars sont équipés de viseurs thermiques donc ils savent ce qu'ils font, ils s'étaient préparés", a-t-il affirmé.

Dans une deuxième vidéo publiée vendredi matin, il a réclamé "un renforcement immédiat de sanctions contre l'État terroriste nucléaire", en appelant également les Russes à "descendre dans la rue" pour arrêter les attaques russes contre les sites nucléaires en Ukraine. 

Les niveaux de radioactivité restent inchangés sur le site de la centrale, qui compte six réacteurs nucléaires et fournit une grande partie de l'énergie du pays, a indiqué de son côté l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), selon qui aucun équipement "essentiel" n'a été endommagé. Elle "appelle à cesser l'usage de la force et avertit d'un grave danger si les réacteurs sont touchés", a tweeté l'organisation. 

Le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique propose de se rendre à Tchernobyl

Lors d'une conférence de presse depuis Vienne, son directeur Rafael Mariano Grossi a confirmé qu'il n'y avait pas eu de fuite radioactive, mais il a fustigé le fait que "l'intégrité physique de ce site n'ait pas été respectée" la nuit dernière. "Aucun des systèmes de sécurité des six réacteurs sur site n'a été impacté, il n'y a aucune fuite de matériau radioactif, (...) mais l'exploitant et le régulateur ukrainiens nous disent que la situation est encore très tendue et très difficile", a-t-il rapporté.

Il a ajouté que deux personnes qui faisaient partie du "personnel de sécurité autour du site" ont été blessées. "Pour le moment, il n'y a que du personnel ukrainien qui gère les opérations sur place, mais ce matin, à Tchernobyl et à Zaporijjia, le contrôle du site est entre les mains des forces militaires russes", a-t-il précisé. "Parmi toutes les unités de la centrale, une seule est exploitée, à environ 60% de sa capacité actuellement", a poursuivi le chef de l'organisation, précisant qu'une autre unité était en maintenance, deux autres sont arrêtées pour des raisons de sécurité, tandis que les deux dernières unités étaient déjà arrêtées, "passées en mode réserve et peu exploitées"

Rafael Mariano Grossi a ensuite estimé que "le temps est venu d'agir" et s'est dit "prêt à me rendre à Tchernobyl dès que possible, pour que se mettre d'accord sur un compromis commun pour respecter" les principes de sécurité qui incombent aux sites nucléaires, a-t-il lancé. Il a reconnu des difficultés "logistiques" à ce voyage, dans le contexte d'une "situation inédite", "dans l'inconnu total", mais a assuré qu'il n'était pas "impossible""Les deux partis réfléchissent à leur réponse", a-t-il indiqué, estimant que "la situation aurait pu être dramatique" et que "nous ne devons pas attendre qu'une catastrophe arrive avant d'essayer d'y répondre".

L'Union Européenne, l'Otan et les alliés de l'Ukraine condamnent l'attaque

Du côté de la communauté internationale, Boris Johnson dénonce des "actions irresponsables" et accuse Vladimir Poutine de "menacer directement la sécurité de toute l'Europe", dans un communiqué, après s'être entretenu avec Volodomyr Zelensky. Il a convoqué la session d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU qui doit se tenir dans la matinée de vendredi. Le président ukrainien a également parlé au téléphone avec le président américain Joe Biden, a indiqué un responsable à Washington. Le président américain a ensuite "exhorté la Russie à cesser ses activités militaires dans la zone" de la centrale, selon la Maison Blanche. 

"La montée de l'escalade prend la forme d'une remise en cause de l'intégrité de la centrale nucléaire de Zaporijjia", a dénoncé le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian qui a appelé à "poursuivre l'isolement" de la Russie. "Nous allons prendre de nouvelles mesures contre le pouvoir de Poutine", a renchéri la ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock sans plus de précisions.

"Cette guerre est totalement injustifiée (...) nous devons rester unis et prêts à agir", a affirmé quant à lui Josep Borrell, Haut Représentant de l’Union européenne, à son arrivée pour la réunion à l'Otan à laquelle il a été invité. L'Union européenne va discuter vendredi de la possibilité d'imposer de nouvelles sanctions contre Moscou qui concerneraient ses achats de gaz et de pétrole et permettent de financer l'effort de guerre de la Russie, a annoncé le chef de la diplomatie européenne.

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"L'attaque contre une centrale nucléaire démontre le caractère irresponsable de cette guerre et la nécessité d'y mettre fin", a déclaré de son côté le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, lors d'une brève intervention aux côtés du secrétaire d'État américain Antony Blinken, avant une réunion d'urgence des ministres des Affaires étrangères de l'Alliance. Mais "l'Otan ne veut pas être engagée dans le conflit", a-t-il toutefois appuyé. Une fin de non-recevoir a ainsi été opposée aux demandes ukrainiennes d'instaurer une zone d'exclusion aérienne. "La question a été évoquée et les Alliés sont convenus que nous ne devrions pas avoir d’avions de l’Otan opérant dans l’espace aérien ukrainien ou des troupes de l’Otan au sol, car nous pourrions nous retrouver avec une guerre totale en Europe", a-t-il expliqué.

Zaporijjia, située sur le fleuve Dniepr, est la plus grande centrale nucléaire d'Europe avec une capacité totale de près de 6.000 mégawatts, assez pour fournir en électricité environ quatre millions de foyers. Elle a été inaugurée en 1985, quand l'Ukraine faisait partie de l'Union soviétique. Le 24 février, des combats avaient déjà eu lieu près de l'ancienne centrale de Tchernobyl, à une centaine de kilomètres au nord de Kiev, et qui est désormais entre les mains des troupes russes.


Justine Briquet-Moreno

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