Malgré la résistance acharnée de l'Ukraine, l'armée russe accentue sa pression sur le pays et ses grandes villes.
Située à plusieurs dizaines de kilomètres de la frontière polonaise, Lviv est, elle, encore épargnée.
Elle est, en quelque sorte, devenue la capitale provisoire d'un pays en plein tourment.

Les Ukrainiens s'en seraient bien passés. Submergés par l'armée russe, qui a attaqué sur plusieurs fronts en simultané, ils défendent pourtant pied à pied leur territoire. Malgré tout, Kiev - la capitale - et Kharkiv - deuxième ville du pays - sont en état de siège. Les deux métropoles subissent, depuis plusieurs jours déjà, d'intenses bombardements. Conséquence directe, les civils, durement frappés par les attaques de Moscou, fuient vers l'ouest. 

À environ 70 kilomètres de la frontière polonaise, Lviv s'est transformée en une véritable plaque tournante pour les dizaines de milliers de personnes qui essayent d'échapper aux affres de la guerre (plus de 836.000 personnes sont déjà parties à l'étranger, selon l'ONU, depuis le début de l'invasion le 24 février). La route pour y parvenir n'est néanmoins pas sans embûche, les trains et les routes étant largement saturés. "On avait quitté Kiev à 8h30 et on a fait plus de 13 heures de route. Il y avait des checkpoints partout", témoigne un Français, Mohamed Elbrahmi, dans un reportage de TF1. Pour la plupart des réfugiés, ce n'est toutefois qu'une étape. Une femme précise ainsi à nos journalistes qu'elle va "devoir attendre 2 heures pour aller en Allemagne". Une autre nous dit qu'elle "essaye d'aller en Pologne". "Je vais en Italie", annonce, de son côté, une troisième jeune femme. Au contraire, Lviv est une étape obligatoire pour les occidentaux et autres expatriés ukrainiens qui font le chemin inverse. En moins d'une semaine, la septième ville d'Ukraine en est devenu un point de croisement incontournable.

Une capitale politique provisoire ?

Le pouvoir central, sous la houlette de l'emblématique Volodymyr Zelensky, demeure encore à Kiev. Néanmoins, les différentes délégations étrangères migrent progressivement vers l'ouest, encore épargné par les combats. Les ambassades italienne, américaine, canadienne ou encore israélienne ont annoncé leur délocalisation à Lviv. La France a pris une décision similaire, comme l'a communiqué Jean-Yves Le Drian le 28 février dernier. "Nous avons décidé, à la demande du président de la République, de transférer notre ambassade qui était jusqu’à présent à Kiev. En raison des risques et des menaces qui pèsent sur la capitale de l’Ukraine, l’ambassade est transférée à Lviv", a indiqué le ministre français des Affaires étrangères. L’ambassadeur reste en Ukraine, pour être à la fois en soutien de nos ressortissants et des autorités ukrainiennes", a-t-il ajouté, évaluant "à peu près (à) un millier" le nombre de Français encore présents sur le territoire ukrainien. À noter qu'Etienne de Poncins n'est pas encore arrivé sur place, 48 heures après son départ de Kiev. 

Quand bien même le déchaînement du feu et des balles n'a pas encore atteint Lviv, la ville prépare sa défense. Les habitants se pressent dans les bureaux pour s'inscrire au sein de la défense territoriale, un groupe de civils armés qui épaule les forces régulières. Armes et casques sont distribués, des formations sommaires sont effectuées. Plusieurs civils fabriquent aussi des 

cocktails Molotov. Presque une formalité quand on sait que l'État-major de l'armée de terre ukrainienne a lui-même donné des recommandations sur ses réseaux sociaux. "Je suis en bonne compagnie. Quand tu fais quelque chose d'utile, que tu aides, que tu participes, tu dors mieux la nuit", précise l'un des volontaires au micro de TF1. "Je crois à un baroud dans une grande ville, une guérilla urbaine qui pourrait durer. Il est possible que les Ukrainiens s’enferment dans Lviv. Le tissu plus dense des rues est plus favorable", analyse dans les colonnes du Point l'historien Jean Lopez, rédacteur en chef de la revue Guerres et Histoire. 

Plusieurs entreprises de la ville se sont également reconverties pour soutenir l'effort de guerre. Les industries de métallurgie fabriquent, par exemple, des obstacles qui serviront à arrêter les chars adverses. Certains ateliers de couture confectionnent aussi des tenues et équipements - comme des filets de camouflage - pour les militaires ukrainiens. La guerre n'est pas encore là, mais le branle-bas de combat, lui, est déjà bel et bien d'actualité.


M.G | Duplex TF1 A. Bourdarias

Tout
TF1 Info