Initialement, la Belgique avait prévu de se séparer du nucléaire dès 2025.
La dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie a contraint l'exécutif à revoir sa copie.
Le groupe français Engie, exploitant des centrales, a émis des réserves sur ce changement.

Les plans belges bousculés. Vendredi, le Premier ministre Alexandre De Croo a annoncé que la Belgique avait décidé de repousser de dix ans sa sortie du nucléaire, jusqu'à présent prévue à partir de 2025. Un choix contraint par la flambée des prix de l'énergie due à l'invasion russe de l'Ukraine, en février dernier. "Cette prolongation doit permettre de renforcer l’indépendance de notre pays vis-à-vis des énergies fossiles dans un contexte géopolitique chahuté", a précisé le chef du gouvernement.

Nos voisins d'outre-Quiévrain assurent, par ailleurs, avoir entériné des "investissements supplémentaires" pour donner "un coup d'accélérateur" à l'éolien offshore, l'hydrogène, l'énergie solaire et la mobilité durable. Dans le détail, la stratégie du gouvernement belge, arrêtée vendredi lors d'une réunion ministérielle marathon, consiste à "prolonger de 10 ans" la durée de vie des réacteurs nucléaires de Doel 4 (proche du port d'Anvers) et Tihange 3 (près de Liège), soit jusqu'en 2035. Un choix de raison, comme l'a défendu Alexandre De Croo. "Pendant trop longtemps, notre pays a manqué de vision (...), cela a provoqué beaucoup d'incertitudes", a-t-il justifié.

Le choix belge s'inscrit dans un contexte de remise en question des approvisionnements énergétiques, alors que l'Europe est très dépendante du gaz russe. Moscou fourni 40% des besoins en gaz de l'Europe, principalement à l'Allemagne, l'Italie et plusieurs autres pays d'Europe centrale.

Une mesure compliquée à mettre en œuvre, selon Engie

Cette décision de prolonger la vie des centrales nucléaires du pays n'est pas seulement dans les mains des autorités belges. En effet, celles-ci devront négocier avec l'exploitant de ces deux structures stratégiques : le groupe français Engie. Dans un communiqué, l'industriel français s'est montré très prudent sur la faisabilité d'une telle mesure. "La décision de prolonger les centrales (...) soulève des contraintes importantes de sûreté, de régulation et de mise en œuvre, d'autant que cette prolongation interviendrait alors même que les activités de démantèlement sur des unités voisines auront commencé", a souligné Engie. 

Et pour cause, depuis 2003, cette sortie progressive de l'énergie nucléaire est inscrite dans la législation belge. Parallèlement, le matériel dont dispose le pays est vieillissant et pointé du doigt par ses détracteurs. En 2012, plusieurs milliers de fissures minuscules avaient été découvertes dans les cuves sous pression des réacteurs les plus anciens. Ces derniers ne sont pas concernés par la décision prise ce vendredi.


Benoit Leroy

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