Le 5 octobre, le bataillon ukrainien Bratstvo a mené des actes de sabotages contre les troupes russes en Crimée annexée.
En exclusivité pour LCI, le commandant "Borghese", cerveau de l'opération, raconte les coulisses de cette mission commando menée dans le plus grand secret.

Des jet-skis télécommandés remplis d’explosifs et une opération commando digne d’un film hollywoodien. Le 5 octobre dernier, des combattants du bataillon Bratstvo, qui dépend du renseignement militaire ukrainien, ont débarqué dans la péninsule de Crimée annexée dans le but de procéder à des actes de sabotages. Dans la vidéo en tête de cet article, le commandant qui a planifié les opérations raconte, en exclusivité sur LCI, les coulisses de cette mission que beaucoup d'experts jugeaient impossible à mener, souligne celui qui se fait surnommer "Borghese".

"Lorsqu’on nous a donnés la tâche de débarquer sur la péninsule en Crimée, nous avons commencé comme d’habitude à parler à tous les experts possibles", relate "Borghese". "Et comme souvent, tous les experts ont été unanimes pour dire que c’était impossible. Quel que soit le moyen envisagé, par voie terrestre, par voie aérienne ou par voie maritime." Pendant des mois, le commandant du bataillon Bratstvo a préparé la mission dans le plus grand des secrets, en échangeant avec des sources spécialistes de la région.

"On a parlé à des marins, à des capitaines de navire, à des parachutistes. On a même parlé à des contrebandiers qui utilisent les voies navigables. Tous nous ont dit que c’était impossible", poursuit-il. "Alors, j’ai eu l’idée de conduire cette opération en jet-ski. Et là encore, tous ces experts m’ont dit que c’était impossible et irréaliste." 

Nous avons montré à tout le monde que c'était possible. Que la mer n'était pas russe. Et qu'il était possible de débarquer sur leurs côtes.
Le commandant du bataillon

Leur objectif était de débarquer sur la pointe ouest de la Crimée, de lever le drapeau ukrainien et de détruire du matériel russe. Une première opération de ce type avait déjà eu lieu fin août. Ces deux missions ont nécessité des mois d'entraînement et de préparation logistique. "C'est deux heures de navigation en mer, des bateaux ravitailleurs, parce qu’il faut du carburant. Et en même temps échapper à la surveillance russe, aux patrouilleurs ainsi qu'à l’aviation. C’est quasiment mission impossible", explique la journaliste Gwendoline Debono, grand reporter pour TF1/LCI, qui a recueilli le témoignage de "Borghese". 

La réussite de la mission, en plus d'être un camouflet pour l'armée russe, revêt un caractère symbolique. "Jusqu'à ce que nous débarquions en Crimée, je peux vous dire que tout le monde avait peur de se déplacer en mer. Parce que la mer était considérée comme un territoire russe", rappelle le commandant. "C'était comme un tabou. Les gens avaient peur. C'était considéré comme un territoire ennemi, un point c'est tout", insiste-t-il. "Nous avons montré à tout le monde que c'était possible. Que la mer n'était pas russe. Et qu'il était possible de débarquer sur leurs côtes."

L'opération et sa mise en lumière envoient un signal fort aux habitants de la péninsule annexée, estime par ailleurs le militaire. "Ce genre d'opérations encouragent un soulèvement en Crimée. Cela incite ceux qui avaient peur de lever la tête à le faire. Cela incite les habitants à coopérer avec nos services spéciaux, à transmettre des informations. Ils voient que c'est réel. Que nous sommes déjà là", souligne "Borghese". À l'approche de l'hiver, ses hommes et lui estpèrent en tout cas que ce succès militaire gonflera le moral des troupes.


Matthieu DELACHARLERY

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