VIDÉO - Guerre en Ukraine : qu'est-ce que le Zircon, ce redoutable missile russe hypersonique ?

par Theodore AZOUZE
Publié le 13 février 2024 à 17h07

Source : TF1 Info

Le missile hypersonique Zircon aurait été utilisé pour la première fois par la Russie début février.
Des débris de ce modèle, développé par le pays depuis des années, ont été retrouvés à Kiev par les autorités ukrainiennes.
Le Zircon est jugé indétectable pour les systèmes antiaériens et serait capable d'atteindre entre 5 et 9 fois la vitesse du son.

Plusieurs indices laissent penser qu'il a finalement été utilisé. Au milieu d'un cratère créé par la déflagration d'une frappe aérienne russe le 7 février dernier à Kiev, la capitale ukrainienne, des morceaux d'un missile ont été retrouvés. Selon les autorités ukrainiennes, il s'agirait en fait des restes d'un modèle de Zircon, ce modèle hypersonique dont Moscou vante les mérites depuis des années, sans jamais l'avoir jusque-là utilisé sur le terrain de la guerre. Ce serait aujourd'hui chose faite, avec cette première frappe, directement envoyée sur la plus grande ville d'Ukraine.

Une précision de frappe "centimétrique", selon la Russie

Mais pourquoi Moscou met-il tant en avant ce missile ? Selon l'armée russe, il serait indétectable pour les systèmes antiaériens de ses ennemis. Son appellation, le Zircon, est liée à cette caractéristique : à l'instar du minéral transparent dont il porte le nom, ce système passerait inaperçu dans le ciel après son lancement. Il pourrait atteindre entre cinq et neuf fois la vitesse du son, pour une portée d'environ 1000 km. "La précision du missile est littéralement centimétrique", assurait le 10 février à la télévision nationale le commandant russe Igor Krimal, qui se vantait d'avoir pu tirer cet engin. "S’il y a un immeuble de cinq étages, et que l’on vise l’entrée, nous la toucherons ; ou si ce n'est pas elle, ce sera celle qui se situe juste à côté."

Son lancement s'effectue depuis des frégates maritimes russes, comme celles basées en mer Noire. Pour le moment, cet équipement, très poussé technologiquement, semble encore en phase de développement. Selon les experts, seuls quelques appareils seraient disponibles au sein de l'arsenal russe pour pouvoir être utilisés. Leur prix de fabrication est estimé entre 3 et 4 millions de dollars l'unité. "C’est un missile expérimental, il vient d’être créé en 2020", avançait mardi le colonel Peer de Jong, spécialiste en géologique et invité sur le plateau de LCI. "Ce qu’il faut analyser, c’est la technologie qu’il y a derrière. Avec, en premier lieu, l’hypervélocité : aujourd’hui ni les Américains ni les Européens n’ont ce genre de missiles. L’objectif est de traverser le mur d’acier Patriot, le système antiaérien américain."

Un objectif de dissuasion avant tout

Cela fait une dizaine d'années que la Russie développe ce missile hypersonique produit par l'entreprise KB Mashinostroyeniya (KBM), basée dans la région de Moscou. Durant l'été 2022, quelques mois après l'invasion de l'Ukraine, le président russe Vladimir Poutine avait déjà évoqué une "livraison aux forces armées russes [prévue pour] commencer dans les prochains mois". 

Quelques mois plus tard, en janvier 2023, le dirigeant avait cette fois assisté par visioconférence au départ de deux navires de guerre russes, équipés de ces nouveaux missiles de croisière. 

La Russie va-t-elle réutiliser cette arme dans les prochaines semaines ? Cette première utilisation semble davantage relever de "la démonstration de force", estime Isabelle Dufour, experte en défense à Eurocrise également invitée à échanger sur le sujet sur le plateau de LCI ce mardi. D'après les experts, les forces russes n'auraient de toute façon pas encore les capacités d'utiliser ce nouvel outil à grande échelle, ne l'ayant pas produit en masse pour le moment. Le bombardement de Kiev avec le Zircon s'apparenterait donc surtout à un exercice de dissuasion envers les pays ennemis à la Russie.

Tirés depuis la mer, ces missiles représentent aussi une occasion pour la marine russe de montrer à nouveau sa puissance, après avoir subi de lourdes pertes depuis le début de la guerre en Ukraine. Moscou compte aussi sur d'autres équipements longue portée, comme le Kinjal, pour renforcer sa pression militaire sur Kiev dans les prochains mois.


Theodore AZOUZE

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