Ukraine : la guerre du froid

"Personne n'est préparé à ça" : de retour de Bakhmout, un médecin franco-ukrainien témoigne sur LCI

F.R
Publié le 7 décembre 2022 à 16h33
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Source : TF1 Info

En Ukraine, les combats les plus violents se concentrent actuellement autour de la ville de Bakhmout, dans l'est du pays.
Arsène, médecin franco-ukrainien de retour de la ville, a témoigné sur LCI ce mercredi 7 décembre.
Il confie que la situation est difficile, mais loue la "résilience" des soldats ukrainiens.

"C'est actuellement l'endroit le plus chaud au monde." Arsène, médecin franco-ukrainienne, s'est porté volontaire sur le front de Bakhmout, dans l'est de l'Ukraine, où les combats les plus violents font rage autour de cette ville que les forces russes tentent de reprendre depuis des mois. 

Actuellement à Kiev, le médecin a témoigné sur l'antenne de LCI, ce mercredi 7 décembre. Il décrit une "ville pilonnée par l'armée russe depuis quatre, cinq mois [...] qui, progressivement, est en train de se réduire en cendres." Les combats, qui se concentrent à l'est de la ville, rappellent à ce "passionné d'Histoire" les images de la Première Guerre mondiale. "Des fois, on nous ramenait une dizaine de personnes en cinq, dix minutes. Dans un chaos, un désordre total, dans la saleté, la boue, le sang, le stress, les bombardements", décrit-il.

Arsène, qui s'est déjà porté volontaire sur le front de Donetsk, confie aisément que sa mission à Bakhmout a été "la plus difficile". "Personne n'est préparé à ça. Mentalement, c'est difficile, quand on voit tous ces jeunes en bonne santé, éclatés. Ils n'ont plus de membres, ils ont les visages arrachés", confie le médecin, qui admet avoir souvent pleuré "en fin de journée", après toute cette "accumulation". 

D'après son expérience, le nombre de blessés varie selon les jours et les mouvements des deux armées. "Les jours calmes", quand les positions restent les mêmes, "on compte entre 100 et 150 blessés". En cas d'attaque russe ou de contre-offensive ukrainienne, ce chiffre monte rapidement à "200, 300 blessés" quotidiens. "Le flux [des blessés, ndlr] est tellement massif, c'est inimaginable", souligne-t-il.

Des bénévoles en renfort des médecins militaires

Sur le front, les conditions de travail des médecins sont extrêmement compliquées. "On a des salles qui peuvent accueillir deux patients", explique Arsène, qui ajoute que ce nombre est régulièrement dépassé. Il faut alors s'occuper des patients "dans le couloir et les évacuer". Pour soigner ses soldats, l'Ukraine peut compter sur un important réseau de volontaires, dont Arsène fait partie. Selon lui, plus de la moitié des médecins sont bénévoles. 

Des bras qui viennent en renfort des médecins militaires, complètement dépassés. "Les médecins militaires sont là depuis longtemps, certains n'ont pas été relevés depuis quatre mois. Ils ne sortent pas, pas de lumière, de vie sociale, de possibilité de voir la famille", détaille le jeune homme.

Bakhmout n'est pas juste un symbole, c'est un verrou stratégique dans le Donbass

Arsène, médecin franco-ukrainien

Alors que l'armée ukrainienne essuie de nombreuses pertes - à l'instar de l'armée russe - qui restent toutefois impossibles à chiffrer, pourquoi ne pas abandonner Bakhmout ? Arsène assure en avoir longuement discuté avec de nombreux officiers sur place. Bakhmout "n'est pas juste un symbole, c'est un verrou stratégique dans le Donbass". "C'est très important pour les Ukrainiens, et en cas de chute de la ville, ça peut largement fragiliser nos positions, c'est pour ça qu'on se bat", balaie le médecin.

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Il l'assure : "malgré la difficulté qu'éprouvent les équipes soignantes, les centaines de militaires qui arrivent tous les jours, je n'ai jamais entendu de défaitisme". Les Ukrainiens sont "prêts à aller jusqu'au bout", ajoute Arsène, qui loue la "très grosse capacité de résilience" du peuple ukrainien. Et de conclure : "la ville n'est pas prête à être abandonnée"


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