Depuis un an, la guerre que mène la Russie à l'Ukraine se joue aussi sur le front de l'information.
Communication lissée, fake news et usines à trolls, la machine à propagande est infatigable.
Ce mercredi, l'équipe des Vérificateurs revient sur les fausses images qui ont marqué le conflit.

Une image vaut mille mots. Ni l'Ukraine, ni la Russie, n'ignorent ce dicton dont elles ont fait une véritable arme de guerre. Depuis près d'un an, les photos du conflit affluent quotidiennement sur les réseaux sociaux. Et parmi elles, certaines véhiculent des fausses informations. Photomontages grossiers, clichés sortis de leur contexte ou vidéo complètement factices, tous les coups sont permis dans cette guerre informationnelle. Ce mercredi, TF1info revient sur certaines fausses images qui ont marqué l'année écoulée depuis le début de la guerre lancée par Moscou, le 24 février 2022.

La tromperie du côté russe

Parmi les dizaines de photos truquées apparues sur nos écrans, l'une d'entre elle visait directement la Première dame ukrainienne. Le 29 décembre, après avoir été vivement critiquée par les pro-russes pour avoir fait la couverture du magazine Vogue, Olena Zelenska est accusée de mener la grande vie sur le dos de son peuple. Dans une publication partagée sur les réseaux sociaux, l'épouse du président ukrainien apparait dans un jet privé "de retour de ses 40.000 euros d'achats parisiens". Sauf qu'il s'agit d'un montage. Le visage d'Olena Zelenska a tout simplement été ajouté sur une photo partagée neuf mois plus tôt par Richard Heart, un entrepreneur américain.

À gauche, un montage d'Olena Zelenska accusée de revenir de Paris au bord de son jet privé. À droite, la photo publiée neuf mois plus tôt par Richard Heart
À gauche, un montage d'Olena Zelenska accusée de revenir de Paris au bord de son jet privé. À droite, la photo publiée neuf mois plus tôt par Richard Heart - Captures d'écran / Twitter / Instagram

Le but du montage est simple : discréditer Kiev pour affaiblir le soutien des Occidentaux et saper le moral des Ukrainiens. Mais les fausses informations visent parfois aussi à nourrir le sentiment nationaliste des Russes. Surtout au moment où l'armée de Poutine essuie des revers militaires. C'est ainsi qu'un autre montage, plus subtil, a été largement partagé sur les réseaux Telegram pro-russes en novembre dernier. À l'heure où les Ukrainiens subissaient des coupures de courant à répétition après des frappes russes sur de nombreuses installations énergétiques, une image montrait le pays intégralement plongé dans le noir. Une simple vérification sur les données satellites d'EOSDIS, un système d'observation développé par la Nasa, prouvait que cette illustration était largement exagérée. Si l'Ukraine paraissait effectivement bien moins éclairée que l'année auparavant (comme le montre la photo disponible dans cet article), certains foyers lumineux persistaient bien dans le pays, notamment dans l'ouest et à proximité des grandes villes. 

Des photos détournées

La guerre de l'image ne se limite pas à l'utilisation des logiciels de montage. Parfois, les clichés ont simplement été sortis de leur contexte pour en détourner le sens. À l'instar de cette photo d'un petit garçon au regard triste. Initialement publiée par la députée ukrainienne Lesia Vasylenko pour alerter sur le sort des enfants en Ukraine, elle a ensuite été supprimée. Car si les plus jeunes font effectivement partie des victimes civiles de ce conflit, ce n'est pas le cas du petit garçon aux yeux bleus visible sur la photo. Si nous n'avons pas retrouvé l'origine exacte de l'image, celle-ci est disponible en ligne depuis au moins dix ans. Elle a même servi de couverture pour un livre, traduit en espagnol en 2013. 

Toujours dans l'objectif d'alerter sur les violences et les actes de torture commis par les soldats russes, le ministère ukrainien de la Défense a publié en octobre dernier une "boîte de couronnes dentaires en or" qui auraient été arrachées aux habitants de Pisky-Radkivski. Or, il s'agit de dents retirées de manière parfaitement appropriée… Les journalistes du Bild ont en effet rencontré le dentiste de ce village de l'est de l'Ukraine. Et il confirme que les dents visibles dans la publication du ministère ont été prélevées par ses propres soins, lorsqu'il était en exercice. 

À gauche, la photo des couronnes dentaires qui auraient été arrachées par les soldats russes aux habitants de Pisky-Radkivski. À droite, le dentiste du village interrogé par le Bild
À gauche, la photo des couronnes dentaires qui auraient été arrachées par les soldats russes aux habitants de Pisky-Radkivski. À droite, le dentiste du village interrogé par le Bild - Captures d'écran / Ministère de la Défense ukrainien / Bild

Attention, cela ne signifie pas pour autant que des actes de tortures n'ont pas eu lieu à Pisky-Radkivski. Le quotidien allemand souligne en effet dans son enquête qu'"une chose est sûre : dans le village – comme dans de nombreux autres lieux occupés par les Russes –, la torture était cruelle", citant le témoignage d'habitants qui "entendaient régulièrement des cris de détresse provenant de différents bâtiments" ou qui ont directement été victimes des soldats russes. Pour rappel, la Commission d'enquête de l'ONU a conclu en septembre que des "crimes de guerre" ont été commis par l'armée de Poutine, dont des "actes de torture". 

Le jeu vidéo comme source inépuisable

Enfin, une autre méthode consiste à faire appel aux images de synthèse. Que ce soit du côté russe ou ukrainien, des jeux vidéo ont ainsi été détournés tout au long du conflit. Comme nous vous l'expliquions ici, "Arma 3", un jeu de guerre ultra-réaliste, a servi pour créer de fausses illustrations de la guerre. Car au-delà d'être hyper réaliste, le jeu a la particularité d'être participatif et modifiable à souhait. Si bien que des internautes s'en sont emparés pour diffuser de prétendues "premières images de la guerre" ou accuser des "missiles russes" d'avoir détruit "un convoi de l'Otan en Ukraine". Cette utilisation n'a pas du tout plu aux développeurs du jeu. Si bien qu'en novembre, la société qui édite le jeu avait lancé l'alerte à ce sujet, publiant des conseils pour ne plus se laisser avoir.

LES VÉRIFICATEURS - Arma 3, ce jeu vidéo détourné pour faire croire à des images de la guerre en UkraineSource : TF1 Info

Car même le ministère de la Défense ukrainien est tombé dans le panneau. Dès le lendemain du lancement de l'invasion, les autorités ont partagé une vidéo sur laquelle un avion abat un autre engin en plein air. Objectif : illustrer les prouesses d'un certain "fantôme de Kiev". Derrière ce surnom, un pilote de l'aviation ukrainienne qui aurait abattu "six avions russes" lors du seul premier jour de l'offensive dans la capitale, le 24 février. Sauf que cette vidéo, vue plusieurs centaines de milliers de fois, est complètement fictive. Puisqu'elle est issue d'un jeu vidéo. On en retrouve en effet la trace le jour-même sur le compte de l'utilisateur YouTube "Comrade_Corb". Dans la légende qui accompagne ces images, il écrit avoir créé cette séquence à partir d'un jeu de simulation de vol, "Digital Combat Simulator". Quant à l'existence de ce "fantôme de Kiev", aujourd'hui, rien ne prouve son existence.

Entre les photomontages, les images détournées et celles de synthèse, la guerre de la désinformation n'a donc pas épargné les réseaux sociaux. Et il y a fort à parier qu'elle durera aussi longtemps que les combats feront rage. 

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Felicia SIDERIS

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