Guerre en Ukraine : comment la Russie contourne-t-elle les sanctions occidentales ?

M.L | Reportage TF1 Jérôme Garro et Gilles Parrot
Publié le 14 mai 2022 à 23h16

Source : JT 20h WE

Les pays du G7 ont promis samedi "d'élargir les sanctions" économiques à l'encontre de la Russie.
Vladimir Poutine, lui, défie l'Occident en assurant que son pays souffre moins des sanctions internationales que l'Europe.
Pour l'heure, Moscou déploie en effet des stratégies pour passer outre.

C'est une usine dans la banlieue de Saint-Pétersbourg, à Peterhof, blottie contre la mer Baltique : la fabrique de montres Raketa, la plus vieille de Russie, expose fièrement sur les murs de ses ateliers des photos de modèles portés par les héros soviétiques, comme le cosmonaute Youri Gagarine. Comme de nombreuses autres industries russes, l'entreprise a dû s'adapter face aux vagues de sanctions adoptées par l'Occident, en représailles de l'invasion russe en Ukraine. 

"Aujourd'hui, à cause des sanctions, on a des problèmes d'approvisionnement. Certaines pièces importantes manquent. Ça nous touche mais on trouve d'autres composants pour les remplacer", explique la cheffe d'atelier Olga Shpiltchouk dans le reportage du 20H de TF1 en tête d'article. Samedi, les pays du G7 ont assuré qu'ils ne reconnaîtraient "jamais" les frontières que la Russie veut imposer à l'Ukraine et promis encore une fois "d'élargir les sanctions" économiques à "des secteurs dont la Russie est particulièrement dépendante". Si un embargo du gaz russe à l'échelle de l'Europe n'est pas encore d'actualité, certaines enseignes, dont françaises, ont fermé en Russie et des exportations ont cessé vers Moscou. 

Des exportations qui transitent par plusieurs intermédiaires

Certaines pièces qui provenaient d'Europe, comme les bracelets, sont désormais confectionnées à la main par des artisans russes. Mais d'autres composants sont introuvables en Russie comme le saphir poli, le verre qui referme le cadran de la montre. Les verres européens sont donc remplacés par des "verres à facettes", "très difficiles à obtenir car ils nécessitent des machines perfectionnées", explique Xavier Giraudet, un horloger français qui a rejoint l'usine il y a cinq ans. Depuis le début du conflit en Ukraine, l'usine a dû se rabattre sur des alternatives : "Auparavant, cela venait de Suisse, maintenant le pivot vers l'Asie s'effectue, donc on va se fournir en Chine", poursuit-il.

Comme cette entreprise, une partie de l'industrie russe se tourne en effet vers l'Asie à marche forcée. De manière générale, l'économie russe mise largement sur des réseaux alternatifs. À Moscou, les habitants redoutaient de voir disparaître des rayons certains appareils électroniques, à l'instar des smartphones. Depuis deux mois, plusieurs marques comme Samsung et Apple ont cessé d'exporter leurs produits vers la Russie, mais dans une des boutiques de la capitale, tous les derniers modèles sont disponibles. En fait, tous les téléphones transitent par d'autres pays avant d'arriver en Russie. 

C'est la même stratégie de contournement qui est adoptée pour l'industrie automobile. Un véhicule exporté des États-Unis vers la Russie, qui ne pourrait plus être acheminé directement à cause des sanctions, pourra bénéficier d'itinéraires parallèles : les voitures exportées vers la péninsule arabique peuvent ensuite être acheminées sur le territoire russe, en toute légalité. Les revendeurs organisent déjà leurs réseaux pour continuer de recevoir des véhicules.

"Il y a différents pays par lesquels on peut passer pour importer les voitures : la Géorgie par exemple, ou le Kazakhstan. Avant, il fallait deux mois pour faire venir un véhicule des États-Unis, maintenant c'est trois mois, voire trois mois et demi", détaille Yaroslav Korotkikh, directeur d'un magasin dans la banlieue de Moscou. À cause de ces nouveaux intermédiaires, le prix des véhicules s'envole, jusqu'à 30% supplémentaires. "Cette voiture vient des États-Unis. Tous les modèles que l'on a reçus sont déjà partis, c'est la dernière qu'il me reste", indique le revendeur en présentant un large SUV blanc. 

Ces importations parallèles sont facilitées en Russie par le Ministère du Commerce : l'objectif des autorités reste d'éviter à tout prix les pénuries. Une manière aussi de conforter le discours officiel. Vladimir Poutine martèle depuis plusieurs semaines que l'économie russe accuse le choc et tient le coup malgré les difficultés logistiques et financières. Il s'est vanté jeudi d'un ralentissement "progressif" de l'inflation dans son pays, quand celle-ci flambe en Europe, ainsi que du renforcement de la devise russe.


M.L | Reportage TF1 Jérôme Garro et Gilles Parrot

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