Alors que Paris renforce son soutien à Kiev, les attaques informationnelles russes semblent se multiplier contre la France.
Moscou dénonce l'"implication croissante" de Paris dans le conflit.
Conséquence, sur les réseaux sociaux, le Kremlin diffuse toutes sortes de rumeurs pour déstabiliser le pays.

Impossible que vous soyez passé à côté de ces actualités : des étoiles de David peintes en bleu sur les murs de Paris, la psychose des punaises de lit, des mercenaires français qui auraient été tués en Ukraine… A priori aucun lien entre ces événements qui ont fait la Une ces derniers mois. Pourtant, derrière ces informations partagées des milliers de fois en français par des sites russes comme Pravda ou bien sur les réseaux sociaux se cachent la désinformation russe

"Ce n'est pas seulement une guerre contre l'Ukraine qu'a entamée Vladimir Poutine (...). La Russie a aussi choisi de s'en prendre à la France et aux alliés de la démocratie", a accusé ce mardi le Premier ministre français Gabriel Attal en évoquant une "entreprise de déstabilisation massive" via des "manœuvres informationnelles et d'ingérence", dénoncées tous azimuts depuis le début de l'année.

Nous sommes en présence de la menace la plus grave qui s'est jamais présentée sur notre pays.
David Colon, enseignant chercheur à Sciences Po Paris

Selon Samira El Gadir, responsable du service des Vérificateurs de TF1/LCI, "il y a toujours une part de vérité au départ. Ils partent toujours d'un fait réel qu'ensuite, ils vont amplifier, retravailler, pour pouvoir nourrir leur récit". Les Vérificateurs ont justement travaillé sur une vidéo créée de toutes pièces sur laquelle on veut faire croire que les agriculteurs ont aspergé de fumier l'ambassade d'Ukraine à Paris. Or, il s'agit en fait du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté et les images datent de l'an dernier. Un faux communiqué de l'ambassadeur ukrainien a même été fabriqué. "Les techniques sont tellement sophistiquées aujourd'hui. Ils reprennent des codes qui font autorité, comme le logo d'un média qui nous parle (...)", précise Samira El Gadir. 

Pour David Colon, enseignant chercheur à Sciences Po Paris, la Russie mène bien une cyberguerre à la France. "Nous sommes en présence de la menace la plus grave qui s'est jamais présentée sur notre pays", affirme-t-il. Dans la sphère politique, au plus près de l'exécutif, un conseiller le confirme également à TF1. "Dans le champ informationnel, les Russes sont de plus en plus agressifs. Leurs méthodes sont extrêmement pénibles", dit-il. Car en plus des comptes anonymes sur les réseaux sociaux et des personnalités proches du Kremlin aux millions d'abonnés, la Russie utilise des logiciels informatiques capables de partager une fausse information en boucle toutes les 45 secondes. 

Et quand elles arrivent en France, elles sont de nouveau partagées des milliers de fois sous la forme de faux articles. Comme l'indique, sous couvert d'anonymat, un chercheur spécialiste des relations internationales, "la Russie a des moyens considérables pour mener ses actions d'influence à l'étranger. On parle d'au moins trois milliards d'euros par an, même la Chine ou les États-Unis ne font pas autant". 

193 sites diffusant de la propagande russe démantelés

À l'approche des Jeux olympiques et des élections européennes, les services de renseignement sont donc en alerte. Tandis qu'à l'Assemblée nationale, une commission d'enquête travaille sur ces ingérences étrangères et identifie clairement l'origine des menaces. "Elles viennent du régime du Kremlin. La Russie, de manière générale, essaye aussi de soutenir certaines organisations politiques, certains partis politiques, en Europe, en France, comme ailleurs, qui lui sont plus complaisants", assure Constance Le Grip, députée des Hauts-de-Seine. Sous-entendu, le Rassemblement national qui répond : "il n'y a aucune ingérence russe au Rassemblement national, il n'y a aucune ingérence étrangère au Rassemblement national, nous sommes un parti de patriotes. Ces accusations sont totalement infamantes", dénonce Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme. 

Pour inscrire son influence dans la durée, la Russie emploie également des méthodes qui ont montré leurs preuves par le passé. Romain Mielcarek est journaliste indépendant, spécialisé dans les questions de défense. Pendant huit ans, des agents des renseignements qui travaillaient à l'ambassade de Russie ont tenté de le recruter comme espion, car il avait des contacts privilégiés. "Je suis quelqu'un qui va accéder à des décideurs politiques, des décideurs militaires. Soit, je partage avec eux ce que je sais, soit, dans l'idéal, je suis convaincu par la cause ou j'accepte l'argent et donc là, je peux même aller plus directement poser leurs questions, chercher des informations beaucoup plus sensibles dans leur intérêt", détaille-t-il. 

En France, la lutte contre l'ingérence russe s'est intensifiée depuis le début de la guerre en Ukraine. Une bataille menée par les agences d'État comme l'ANSSI ou Viginum. Cette dernière a réussi récemment à démanteler un réseau "structuré et coordonné" de 193 sites internet qui propageait de fausses informations russes en Europe et aux États-Unis. 


Virginie FAUROUX | Reportage TF1 : Ignacio Bornacin, Florian Litzler et Martin Bornet

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