Il a perdu un pied dans les combats : ce combattant français raconte la vie sur le front à LCI

M.L | Interview Paul Larrouturou
Publié le 2 janvier 2023 à 17h22
Il a perdu un pied dans les combats : ce combattant français raconte la vie sur le front à LCI

Un Alsacien de 32 ans, Maxime Bronchain, s'est engagé dans une légion étrangère venue soutenir l'armée ukrainienne.
Blessé au combat, il a dû être rapatrié en France et son pied a été amputé.
Sur LCI, il retrace la vie sur le front et décrit les affrontements avec les forces russes.

Il poursuit sa convalescence à l'hôpital de Hautepierre à Strasbourg, mais les images de la guerre, elles, continuent de le poursuivre. Son corps porte aussi les stigmates du conflit : Maxime Bronchain, un Alsacien de 32 ans parti combattre volontairement en Ukraine, a perdu son pied gauche au front. Le 27 novembre dernier, il saute sur une mine dans une forêt du Donbass, en pleine mission de reconnaissance. Rapatrié en France, il a finalement été amputé il y a neuf jours. Il s'exprime pour la première fois depuis son retour pour raconter les affrontements auxquels il a pris part dans Tout est Pol sur LCI, une séquence à retrouver en tête d'article.

"Je commence à bien me sentir, ça commence à aller beaucoup mieux. Je n’ai plus que les douleurs fantômes" mais "je passe des jours assez compliqués", reconnaît le jeune homme, toujours vêtu d'un uniforme marron, le drapeau ukrainien cousu sur l'épaule. Ce serveur alsacien avait décidé de rejoindre les rangs ukrainiens sans connaître personne sur place. Il s'est rendu à deux reprises en Ukraine, avant d'être grièvement blessé dans un champ de mine, qui par ailleurs coûtera la vie à l'un de ses compagnons, un Américain de la même légion étrangère. 

"Je défends une cause qui est juste"

Sur les images de son évacuation qu'il a conservées, on découvre son groupe de soldats le hisser sur un blindé pour être acheminé jusqu'à une ambulance, tout ça avec en fond sonore ses cris de douleur. Malgré cette blessure grave, mais aussi les menaces de soldats russes, qui s'échangent des images de lui dans une boucle Telegram et ont mis sa tête à prix, Maxime Bronchain ne regrette rien de son engagement. "Ça vaut le coup de venir en aide aux gens, ils en ont besoin d’aide. J’aurais pu mourir, ça aurait été la même chose, je défends une cause qui est juste", estime-t-il.

Sur place, il affirme avoir combattu auprès de quatre autres Français, et d'avoir lui-même tué une cinquantaine de soldats russes. Des affrontements qu'il a minutieusement documentés, en prenant notamment en photo des téléphones et des passeports récupérés sur les corps. De quoi retracer le parcours de ces combattants, dont le Français reconnaît la vaillance, bien qu'il les affronte. "Pour la plupart, ce sont des gens qui ont déjà fait la guerre, ce sont des mecs qui ont été en Tchétchénie, en Afghanistan, au Mali, un peu partout", explique-t-il. "Ils avaient de l’expérience, ils sont autant courageux que nous."

Wagner : "Ils ne sont pas là pour rigoler"

Maxime Bronchain a également filmé les combats eux-mêmes à l'aide de sa caméra GoPro vissée sur son casque. Cigarette à la main, il fait défiler les vidéos sur son téléphone portable, depuis la cour de l'hôpital. Sur l'une d'entre elles, tournée en pleine forêt, on l'aperçoit en train de tirer pour tenter de faire reculer des soldats russes à une centaine de mètres de lui, tandis que des rafales résonnent en face. "On en a tué quelques-uns" et ils ne sont pas parvenus à reprendre leur position, se félicite-t-il. 

Parmi les combattants ennemis, le soldat français a déjà été confronté à ceux de la milice Wagner, la société paramilitaire privée qui soutient la Russie. "Ils sont expérimentés, ils savent ce qu’ils font, ils ne sont pas là pour rigoler", décrit-il. "C’est dangereux quand on se bat contre eux, car on sait que ce sont de vrais soldats en face, c’est complètement différent. Ils se battent jusqu’au bout, ne laissent pas tomber. Ils sont là, ils sont prêts et déterminés."

Dès que sa prothèse sera posée et qu'il pourra à nouveau marcher, d'ici deux mois espère-t-il, Maxime Bronchain veut déjà repartir au front. En attendant, il affirme que l'ambassade française ne l'a pas soutenu après sa blessure. "La France envoie beaucoup de matériel et d'argent sur place, elle veut défendre et aider l'Ukraine à tout prix, mais pas aider les ressortissants français qui ont vraiment besoin d'aide sur place", s'agace-t-il. Aux yeux du code pénal, le jeune homme est pourtant un mercenaire et risque cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende, un statut qu'il dément.


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