Ukraine : onze mois de guerre

Ukraine : le conflit a-t-il "changé de nature" avec les bombardements massifs de la Russie ?

par Frédéric SENNEVILLE
Publié le 10 octobre 2022 à 20h20
JT Perso

Source : TF1 Info

La Russie a déclenché des bombardements sur l'Ukraine d'une ampleur inégalée depuis des mois.
Les frappes ont fait des victimes civiles, et sérieusement endommagé les infrastructures énergétiques du payss.
Le conflit connaît-il un "changement profond de nature", comme le suppose Emmanuel Macron ?

La réaction de Moscou était attendue, depuis la destruction partielle du pont de Crimée samedi, axe crucial pour les forces russes en direction du front ukrainien. "Il n'était pas possible de ne pas répondre", a d'ailleurs lancé Vladimir Poutine, confirmant que le bombardement russe massif en de nombreux points d'Ukraine relevait bien de représailles. 83 missiles russes auraient été tirés, dont 40 auraient été interceptés, selon le décompte des autorités ukrainiennes. 

Des régions éloignées des fronts de l'est ou du sud ont été visées pour la première fois depuis des mois. On dénombre des victimes civiles, et les dégâts sur les infrastructures énergétiques ont occasionné des coupures électriques dans de nombreuses régions du pays. 

Un changement stratégique ?

L'offensive russe de ce lundi pourrait toutefois relever d'un changement stratégique plus global, comme le laissent entendre des sources ukrainiennes. Selon l'ambassadeur ukrainien en France par exemple, Vadym Omelchenko, "l'attaque d'aujourd'hui a été planifiée début octobre"... soit bien avant l'explosion du pont de Kertch. C'est aussi l'analyse que semble faire le président français, en déplorant un "changement profond de la nature" du conflit.

Autre signe d'une possible escalade en cours : le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, a accusé Kiev de préparer une attaque contre son pays, et annoncé qu'en conséquence Minsk allait déployer un groupement russo-biélorusse, faisant craindre l'ouverture d'un nouveau front au nord de l'Ukraine. L'attaque russe intervient aussi juste après le remplacement du commandant de l'offensive russe, décidée le jour même de l'explosion du pont de Crimée.

Des revers sur le terrain, et deux humiliations

Après de nombreux revers sur le terrain, enregistrés depuis le début de la contre-offensive ukrainienne en septembre, l'humiliation de Vladimir Poutine a culminé en deux temps début octobre. Le lendemain même de la déclaration solennelle d'annexion de quatre régions ukrainiennes, par le président russe lui-même, son armée était chassée par les forces ukrainiennes de la ville de Lyman, un nœud ferroviaire stratégique au cœur du territoire prétendument annexé. Puis ce fut l'explosion spectaculaire du pont de Kertch, qui relie la Crimée à la Russie, surnommé "le pont de Poutine" depuis sa construction en 2018, quatre ans après l'annexion de la péninsule. Une opération menée quelques heures après la célébration du 70ᵉ anniversaire du président russe.

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La diplomatie européenne s'est insurgée contre des "attaques barbares" menées par la Russie, tandis que l'Otan a condamné des "attaques horribles et aveugles". Les bombardements russes ont été condamnés unanimement par les alliés occidentaux, et seront au cœur des débats à l'ONU, réunie en Assemblée générale pour condamner la récente annexion russe de plusieurs régions ukrainiennes. Changement de stratégie à grande échelle, ou baroud d'honneur d'une armée russe impuissante à s'imposer sur le terrain, les frappes russes ont en tout cas réussi à imposer à la communauté internationale un effet de sidération.


Frédéric SENNEVILLE

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