Sous la pression de ses alliés, Berlin a accepté ce mercredi de livrer des chars Leopard 2.
Mais aussi et surtout d'autoriser les Occidentaux, qui ont acheté ces tanks, de les donner aux Ukrainiens.
Pourquoi l'Allemagne a tergiversé de longues semaines ? Explications.

"Les discussions doivent se finir par des décisions", a exhorté mardi soir ukrainien Volodymyr Zelensky. Après plusieurs semaines d'atermoiements, le président ukrainien a été entendu : l'Allemagne a donné ce mercredi son feu vert à la livraison de tanks. Un dossier longtemps bloqué par Berlin, qui a le dernier mot concernant le matériel militaire produit sur son sol.

C'est en effet un mécanisme juridique qui, depuis que certains pays veulent muscler leur soutien à Kiev, bloque les fameux Leopard 2 aux frontières. Comme le pratiquent d'autres nations pour leur industrie de défense, une réexportation ou un don d'armements de fabrication allemande est en effet conditionné à une approbation de Berlin. 

"Un domaine sensible"

Ce mécanisme est d'ailleurs détaillé par le ministère de l'Économie allemand sur son site. Puisqu'il ne s'agit pas "d'exportations comme les autres", Berlin suit "une politique particulièrement restrictive" pour vendre son matériel militaire, un "domaine sensible". Le gouvernement s'assure ainsi que ses armes ne vont pas "violer les droits de l'homme" ou à "aggraver des crises" dans les pays qui les achètent.

Tout comme la France, l'Allemagne veut également s'assurer que les armes produites sur son sol n'enfreignent pas des traités internationaux qu'elle aurait signés. C'est le cas du Traité sur le commerce des armes (TCA) : celui-ci impose des règles pour empêcher la circulation d'armes à destination de pays où l'on sait qu'elles serviraient à commettre ou à faciliter un génocide, des crimes contre l'humanité, ou d'autres atteintes graves aux droits humains. D'où l'instauration d'un droit de veto sur les réexportations : il est impossible pour un pays d'exporter des armes légalement achetées, en l'occurrence des Leopard 2 allemands, sans le feu vert de Berlin.

Une étude au cas par cas

Comme le rappelle le ministère allemand, ce feu vert est étudié au cas par cas. "Lors de chaque examen circonstancié, le maintien de la paix, de la sécurité et de la stabilité, ainsi que le respect des droits de l’homme, revêtent une importance primordiale", estime les autorités. Difficile, en outre, de ne pas tenir compte de la scène politique intérieure pour expliquer le temps nécessaire pour prendre une telle décision. Car les ministères des Affaires étrangères, de la Défense et la Chancellerie doivent accorder leur violon, avant que le ministère de l'Économie signe un ultime bordereau. 

Olaf Scholz, le chancelier, est de surcroît issu d'un mouvement, le SPD, qui a longtemps promu une forme d’accommodement avec Moscou, avec lequel il est délicat de rompre du jour au lendemain. C'est d'ailleurs la crainte d'une escalade militaire avec Moscou qui a conduit, selon des analystes, l'Allemagne à hésiter sur l'envoi de ces armes réclamées par Kiev. Le chancelier semble également rechigner à agir sous pression : il avait par exemple attendu de nombreux mois avant de se rendre, avec les dirigeants français et italien, Emmanuel Macron et Mario Draghi, à Kiev. D'autres, comme Boris Johnson, avaient fait le déplacement bien avant. Enfin, Olaf Scholz sait que la livraison de chars ne plaira pas à tous les Allemands, eux-mêmes très partagés quant à d'éventuelles livraisons de chars : 46% sont pour, 43% contre, selon un récent sondage pour la chaîne publique ARD.

Malgré ces freins, Berlin a finalement cédé à la pression exercée par ses alliés, mais aussi par le président Zelensky, qui n'a cessé de critiquer la lenteur du processus. L'Allemagne va en effet livrer à l'Ukraine 14 chars Leopard 2A6, provenant des stocks de la Bundeswehr, et elle va autoriser les pays qui le souhaitent à fournir à Kiev les blindés qu'ils détiennent.


Thomas GUIEN

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