Mardi, un nouveau navire de guerre russe a été détruit en mer Noire par l'Ukraine.
Dans le même temps, Moscou a annoncé avoir escorté trois avions militaires français survolant la zone maritime, ce que Paris dément.
Cela fait plusieurs mois que les tensions s'intensifient dans la région.

Une région au cœur du conflit entre la Russie et l'Ukraine. Depuis le début de l'invasion russe, en février 2022, la mer Noire est devenue le terrain de guerre des deux armées ennemies. Mais depuis l'automne dernier, Kiev semble encore avoir haussé d'un cran ses attaques contre la flotte russe dans la zone. Son dernier fait d'armes en date ? La destruction, mardi, du "Sergueï Kotov", un vaisseau piloté par les troupes russes et positionné à l'entrée du détroit de Kertch, qui délimite la mer Noire de la mer d'Azov, plus au nord. 

Long de 94 mètres de long, ce bateau est décrit par les Ukrainiens comme "le plus moderne des patrouilleurs russes". C'est grâce à une attaque de drones, dont la marine ukrainienne a de plus en plus recours ces derniers mois, que l'embarcation a été endommagée. L'opération a été saluée par le président Zelensky, désignant une offensive symbolisant "ce dont l'Ukraine est capable" de faire remporter la guerre.

Prendre le dessus sur la Russie en pleine mer

Cette nouvelle attaque fait partie de la longue série menée par l'armée ukrainienne en mer Noire. Fin janvier, un autre bateau de guerre russe a, lui aussi, été frappé par Kiev au large de la Crimée, qui avait même revendiqué avoir fait couler l'"Ivanovets", une petite corvette lance-missile. Quelques jours plus tard, le pays a également annoncé la destruction du "Tsezar Kunikov", un grand navire de débarquement stationné au sud-est de la péninsule annexée en 2014. Au total, les militaires ukrainiens ont affirmé mi-février qu'un tiers des navires russes ont été mis "hors d’état de nuire" dans la région. 

Comment expliquer cette accentuation des attaques ukrainiennes contre la flotte russe ? Il s'agit d'abord de protéger le territoire ukrainien, toujours soumis à d'incessants bombardements, effectués depuis les navires russes voguant dans cette zone. Autre objectif : affaiblir la chaîne logistique de Moscou, qui utilise sa flotte pour approvisionner ses troupes situées en Crimée et dans le sud de l'Ukraine. 

Mais surtout, Kiev a compris qu'il pouvait faire valoir ses forces en mer, là où la contre-offensive terrestre patine depuis l'été dernier sur le front est. Depuis le début de la guerre, "les Ukrainiens ont fait preuve d'une sorte d'innovation qui est assez extraordinaire dans la façon dont ils utilisent les drones marins et les drones aériens", décrypte Samantha de Bendern, chercheuse à l'Institut Royal des Affaires internationales et jointe par TF1info. 

La tension monte dans les airs aussi

Au-delà des opérations militaires en mer, la région concentre aussi des tensions dans les airs. Mardi, la Russie a déclaré avoir escorté trois avions de l'armée française, deux Rafale et un avion-radar, au-dessus de sa frontière en mer Noire. "À l'approche du chasseur russe, les appareils militaires étrangers ont fait demi-tour", s'est vanté le ministère des Affaires étrangères du Kremlin. Une information à laquelle a rapidement coupé court le ministère français des Armées. Celui-ci a démenti la version russe. Selon lui, les appareils des deux pays sont restés à 40 km de distance.

Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, a, lui aussi, promis dans la foulée que la France agissait "dans le respect du droit international", les avions français n'ayant pas franchi l'espace aérien russe. Ce genre d'interception doit d'ailleurs être à relativiser, selon les experts en défense aérienne. "Cet incident intervient dans une logique d'escalation russe, analyse Marion Buchet, spécialiste en aéronautique et invitée sur LCI ce mercredi après-midi. (...) On voit assez souvent des interceptions, que ce soit en mer Noire ou en mer Baltique, cela fait des années que ça arrive. Certes, celle-ci est significative, car elle intervient dans un contexte de plus en plus tendu avec les Russes, (...) mais cela reste un incident assez classique."

Mais alors, Moscou a-t-il commenté ce vrai-faux incident dans une démarche d'intimidation, quelques jours après les propos du président Macron sur l'envoi potentiel de troupes en Ukraine ? "On est dans un jeu de communication, avance le général François Chauvancy, consultant géopolitique de LCI. Je pense que ça doit agacer par moments les Russes de voir ces avions de renseignement, ou des drones, circuler au-dessus de la mer Noire, avec toutes les informations qu'ils peuvent accumuler et retransmettre aux forces sur le terrain."


Theodore AZOUZE

Tout
TF1 Info