Depuis le début du conflit, des civils ukrainiens vivant près de la ligne de front, à l'est, ont toujours refusé de quitter leur logement et leur quotidien, malgré les bombardements quotidiens.
Mais face aux conditions de vie devenues infernales, ils ont dû se résoudre à partir, encadrés par les humanitaires, mais toujours sous la menace des obus de l'armée russe.

Des toits aux tuiles arrachées, des terrains perforés de cratères, des véhicules renversés par le souffle des bombardements… Vu du ciel, les scènes de désolation se multiplient à Kostiantynivka, ville ukrainienne du Donbass, située près de Bakhmout, où les combats font rage entre les troupes ukrainiennes et russes. Karina était dans sa maison avec son fils quand les bombes ont touché la zone. 

"J'ai appelé mon fils, il n'a pas répondu. En fait, il a rampé, et moi, j'ai été projetée en arrière", raconte-t-elle dans le reportage de LCI en tête d'article, au pied de sa maison aux vitres cassées, dans son jardin transformé en étendue boueuse recouverte de débris. "J'étais allongée face contre terre. Mes premières pensées, ça a été : 'S'il ne reste plus personne dans ma famille, et que je perds mon enfant, je vais me tuer'", poursuit-elle.

"Les gens ne peuvent plus aller chez le médecin"

Jusqu'à maintenant, elle refusait de partir, mais la peur a tout changé. "Je suis une personne indécise, mais peut-être que maintenant, je dois partir", concède la quadragénaire, non sans déchirement. "Je réfléchis à l'endroit où l'on pourrait aller, mais je suis habituée à ma ville, je vis ici depuis l'âge de six ans." Cette commune se trouve désormais sur la ligne de front. La plupart de ses 70.000 habitants ont déjà fui la guerre, mais certains d'entre eux, comme Karina, restaient encore sur place. 

Les membres de l'ONG locale Vostok-SOS évacuent les derniers civils qui n'ont pas pu partir, comme une personne âgée incapable de se déplacer seule, qu'ils transportent dans un brancard pour venir l'installer dans leur camionnette. "Dans les villes situées en première ligne, il n'y a plus assez de soins médicaux. Les gens ne peuvent plus aller chez le médecin, surtout les malades, alors nous les évacuons", explique l'un des volontaires, Eduard Skoryk.

Après le dernier bombardement en date, Tatiana a décidé de sauter le pas et de quitter sa ville, en faisant évacuer son conjoint, lui aussi incapable de marcher. Les bénévoles l'installent lui aussi à l'arrière de leur véhicule, sur une couchette improvisée. "C'est très dur, et effrayant. Même mon mari est nerveux après ces explosions, c'est terrible ce qu'il se passe. Et ce n'est que le début", confie la femme âgée. "Je ne peux pas laisser mon mari dans la galère… Peut-être que mon fils pourra venir me chercher, mais on n'attendra pas, c'est décidé", lâche-t-elle. Sans savoir si elle pourra un jour revoir les terres du Donbass.


M.L | Reportage LCI Justine Sagot

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