VIDÉO - "Dans l'impasse" : les doutes du commandant en chef de l'armée ukrainienne sur la contre-offensive

par I.N
Publié le 2 novembre 2023 à 16h51

Source : TF1 Info

Depuis juin dernier, l'Ukraine a lancé une contre-offensive dans l'espoir de regagner du terrain sur les troupes russes.
Ce jeudi, le plus haut responsable militaire de Kiev a confié ses doutes sur sa réussite.
"Nous nous trouvons dans une impasse", a déclaré Valery Zaloujny, dans une interview à "The Economist".

Une contre-offensive "dans l'impasse". Voilà comment le plus haut responsable militaire de Kiev qualifie la contre-offensive menée par l'Ukraine depuis juin. Ces derniers mois, les troupes de Volodymyr Zelensky tentent de reprendre du terrain sur celles de Vladimir Poutine, mais se heurtent à la ligne russe. Cinq mois après le déclenchement de cette contre-offensive, le constat semble clair : la ligne de front, longue de plus de 1000 kilomètres, n'a guère bougé depuis près d'un an et la libération de la ville de Kherson en novembre 2022.

"Il n'y aura probablement pas de percée profonde et belle", déclare, fataliste, Valery Zaloujny, dans une interview à The Economist. Au fil des mois, le commandant en chef de l'armée ukrainienne a tenté de comprendre pourquoi ses hommes ne parvenaient pas à faire reculer les Russes. "Au début, j'ai pensé qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas avec nos commandants, alors j'en ai changé certains", explique-t-il. "Ensuite, j'ai pensé que nos soldats n'étaient peut-être pas adaptés à leur mission, alors j'ai transféré des soldats dans certaines brigades."

La Russie a perdu au moins 150.000 hommes : dans n'importe quel autre pays, de telles pertes auraient mis fin à la guerre
Valery Zaloujny, commandant en chef de l'armée ukrainienne

C'est en se rendant sur le front d'Avdiivka, dans le Donbass, où la Russie mène une contre-attaque depuis plusieurs semaines, qu'il a définitivement réalisé le véritable problème. Sur ses écrans, il découvre "140 machines russes en feu, détruites dans les quatre heures qui ont suivi leur arrivée à portée de tir de notre artillerie". Il constate également que le phénomène se produit dans le sens inverse, lorsque l'Ukraine attaque. Les deux forces se neutralisent.

"Nous voyons tout ce que fait l'ennemi et il voit tout ce que nous faisons", explique encore Valery Zaloujny. "Pour sortir de cette impasse, nous avons besoin de quelque chose de nouveau, comme la poudre à canon inventée par les Chinois." Il en appelle ainsi à des innovations, comme des drones, de l'électronique, de l'anti-artillerie ou encore du déminage, tout en reconnaissant que l'aide occidentale actuelle reste importante. "Ils ne sont pas obligés de nous donner quoi que ce soit et nous sommes reconnaissants pour ce que nous avons", insiste-t-il. "J'expose simplement les faits."

Valery Zaloujny reconnait par ailleurs une erreur : celle d'avoir cru que tuer de nombreuses troupes russes suffirait à arrêter le pays de Vladimir Poutine. "La Russie a perdu au moins 150.000 hommes", estime-t-il. "Dans n'importe quel autre pays, de telles pertes auraient mis fin à la guerre." Pas en Russie, décrit par le haut militaire comme "un État féodal, où la ressource la moins chère est la vie humaine". "Pour nous, ce qui nous coûte le plus cher, c'est notre personnel."

Dès lors, une guerre longue favoriserait, selon lui, la Russie. "Le plus grand risque d'une guerre de tranchées est qu'elle s'éternise pendant des années et qu'elle épuise l'État ukrainien", avertit-il. "Tôt ou tard, nous nous apercevrons que nous n'avons tout simplement pas assez de gens pour nous battre." Lui ne voit qu'une seule solution pour empêcher une telle issue : "nous devons trouver cette poudre à canon, la maîtriser rapidement et l'utiliser pour accélérer le processus".


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