- Alors qu'elle prépare une contre-offensive contre la Russie, Kiev est confrontée à la réticence de certains Ukrainiens à s'engager.
- Des réseaux illégaux s'organisent pour leur permettre de fuir la conscription, via de multiples combines.
- Plusieurs d'entre eux ont été démantelés, selon les services de renseignement ukrainiens.
Dès le premier jour de guerre, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a décrété la mobilisation générale (nouvelle fenêtre). Plus d'un an après le début de l'attaque russe, Kiev prépare une contre-offensive contre Moscou (nouvelle fenêtre) mais les Ukrainiens ne se précipitent plus aux bureaux de recrutement. Certains d'entre eux refusent même de prendre les armes et tentent de fuir coûte que coûte la conscription, via des réseaux illégaux. Ces derniers multiplient les combines pour les rendre inéligibles ou même leur permettre de quitter le pays, moyennant des milliers de dollars. Dans un message (nouvelle fenêtre) sur leur chaîne Telegram, les services de renseignement ukrainiens affirment avoir démantelé plusieurs d'entre eux, et ont annoncé jeudi une dizaine d'arrestations.
Dans un train partant de Zaporijia en direction de la Pologne, ils ont par exemple découvert un jeune homme caché derrière une petite trappe, menant au système de ventilation, une vidéo à retrouver dans la chronique en tête d'article. Selon eux, il a payé plus de 2000 dollars pour fuir la conscription, via un réseau impliquant des employés du service ferroviaire ukrainien qui ont organisé ce stratagème. La loi martiale dans le pays interdit en effet aux hommes de 18 à 60 ans de quitter le territoire, et les exceptions qui concernaient certaines catégories professionnelles ont été limitées au fil des mois, d'après Le Monde
(nouvelle fenêtre).
Plus de 12.000 tentatives de quitter le pays illégalement
Aux quatre coins du pays, des réseaux du même acabit ont été démantelés par le service de sécurité ukrainien (SBU), qui a également publié des photos de dizaines de liasses de dollars découvertes. Pour fuir l'Ukraine vers ses voisins européens, notamment la Moldavie, dans l'espoir d'échapper à la mobilisation, le coût du trajet s'échelonne de 1000 à 7000 dollars.
Dans chaque région, les réseaux ont développé d'autres combines spécifiques. À Poltava par exemple, dans l'est du pays, un employé du Trésor public a fourni des certificats médicaux factices. Du côté de la région d'Odessa, dans le sud, de jeunes hommes se faisaient passer pour de faux employés d'entreprises de défense, partant en voyage d'affaires à l'étranger. Dans celle d'Ivano-Frankivsk, à l'est, ils prétendaient cette fois être des chauffeurs routiers. Plus au centre, vers Vinnytsia, certains réseaux organisaient des fuites à la nage, via la rivière frontalière avec la Moldavie, avec de simples gilets de sauvetage.
Selon Le Monde
, des Ukrainiens s'échangent aussi sur des boucles Telegram des informations sur la présence de recruteurs et de soldats dans les rues (nouvelle fenêtre), même si recevoir une convocation ne signifie pas pour autant être immédiatement enrôlé. Le SBU a fermé plusieurs de ces chaînes mais certaines continuent de fonctionner, ralliant parfois jusqu'à plus de 100.000 personnes, selon le quotidien.
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Le nombre total d'Ukrainiens qui sont parvenus à échapper à la mobilisation via ces tactiques est inconnu à ce jour. Mais en décembre, le Service national des frontières affirmait déjà que plus de 12.000 hommes avaient tenté de quitté le pays depuis le début de l'offensive russe, des chiffres relayés par Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL) (nouvelle fenêtre), média financé par les États-Unis. Quinze personnes avaient été retrouvées mortes, douze d'entre elles noyées dans un fleuve à la frontière avec la Roumanie, et trois autres qui n'avaient pas survécu à un périple dans les montagnes.
Début février, le président ukrainien Volodymyr Zelensky reconnaissait lui-même que ses troupes rencontraient des difficultés à recruter, mais il refusait à se résoudre à "conduire les gens à la guerre avec des matraques"
, comme la Russie qui avait lancé une mobilisation forcée en septembre, rappelle Le Monde
. Le mois précédent, il avait signé une loi controversée visant à augmenter les sanctions à l'égard des déserteurs.
