Le Parlement britannique a approuvé mardi une loi autorisant le renvoi des demandeurs d'asile au Rwanda.
La plupart de ces migrants ont traversé la Manche depuis les côtes françaises.
Quelles conséquences cette loi va-t-elle avoir pour notre pays ?

Les lits sont faits, les meubles installés. Ça fait deux ans que ces résidences de Kigali (Rwanda), que vous pouvez au début de la vidéo en tête de cet article, sont comme figées dans l'attente de leurs premiers pensionnaires. Ce n'est plus question de semaine. 

À partir de la mi-juin, quelques centaines de migrants entrés illégalement au Royaume-Uni seront transférés par avion, peu importe leur origine, vers le Rwanda, un autre pays du Commonwealth. C'est là que leurs demandes d'asile seront examinées, et en cas d'accord, les réfugiés pourront s'installer sur place. Cependant, ils ne pourront à aucun moment retourné en Grande-Bretagne. "Nous expulserons vers le Rwanda à un rythme régulier de plusieurs vols chaque mois, tout l'été et au-delà jusqu'à ce que les bateaux s'arrêtent", prévient Rishi Sunak, Premier ministre du Royaume-Uni.

Une telle mesure possible dans l'UE ?

Les bateaux en question sont ces embarcations de fortune chargées de migrants qui tentent chaque nuit de traverser la Manche. Mardi matin à l'aube, au moins cinq personnes, dont une enfant, ont perdu la vie à Wimereux (Pas-de-Calais). 14 sont morts depuis le début de l'année. Et même en menaçant de renvoyer les migrants à 6.000 km de leur objectif, aucune certitude, selon le maire, Jean-Michel Dubaële, que la situation s'améliore. "C'est une décision assez simpliste de leur part, je trouve. Et aujourd'hui, c'est nous qui récoltons un petit peu tous ces désagréments et ces décès", dénonce-t-il. 

Ce qui n'empêche pas certains au Rassemblement national de vouloir s'en inspirer, à l'instar de Louis Aliot, maire de Perpignan (Pyrénées-Orientales). "La Grande-Bretagne initie une politique que l'on devrait mettre en place à l'échelle de l'Europe", a-t-il affirmé dans "En Toute Franchise" sur TF1.

Mais ce serait-ce seulement légal dans l'Union européenne ? En l'état, non, selon plusieurs spécialistes qui dénoncent une atteinte au droit de l'homme. "Instaurer un mécanisme qui fait qu'un migrant qui arrive sur le territoire de la France, par exemple, ne verra pas sa demande d'asile examinée par les autorités françaises, c'est une manière de ne pas répondre aux obligations énoncées dans la Convention de Genève", nous explique Marie-Laure Basilien-Gainche, professeure en droit public et spécialiste de l'immigration à l'université Lyon 3 (Rhône). 

L'ONU a demandé à Londres de "reconsidérer son plan", dénonçant des lois britanniques "de plus en plus restrictives qui ont érodé l'accès à la protection des réfugiés" depuis 2022. Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme, Volker Türk, et son homologue en charge des réfugiés, Filippo Grandi, ont appelé le gouvernement "à prendre plutôt des mesures pratiques pour lutter contre les flux irréguliers de réfugiés et de migrants, sur la base de la coopération internationale et du respect du droit international des droits de l'homme".


La rédaction de TF1info | Reportage TF1 : Matthieu Desmoulins, Sébastien Hembert, Serge Jou

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