Ebrahim Raïssi est décédé dimanche 19 mai après un accident d'hélicoptère dans le nord-ouest de l'Iran.
Le président iranien était considéré comme un ultraconservateur et un partisan assumé de l'ordre.
Portrait de celui qui a régné sur l'Iran pendant trois ans.

"Le boucher de Téhéran". Le président iranien Ebrahim Raïssi, décédé après un accident d’hélicoptère ce dimanche 19 mai dans le nord-ouest de l'Iran, avait hérité de ce surnom. Comme l'explique à LCI Mahnaz Shirali, sociologue et politologue spécialiste de l'Iran, "c'est lui qui a signé la mort de 4000 détenus qui étaient en train de purger leurs peines de prison dans les années 1990. Il les a tués en une seule nuit en dynamitant l’une des grandes ailes de la prison Evin".

Un ultraconservateur et un partisan de l'ordre

Toujours coiffé d'un turban noir et vêtu d'un manteau de religieux, Ebrahim Raïssi, né en novembre 1960 dans la ville sainte chiite de Machhad, menait depuis 2021 l'Iran dans un contexte troublé à l'international et de contestation interne. Âgé de 63 ans, l'ayatollah Raïssi était considéré comme un ultraconservateur et un partisan assumé de l'ordre. 

S'étant présenté comme le champion des classes défavorisées et de la lutte contre la corruption, Ebrahim Raïssi avait été élu le 18 juin 2021 dès le premier tour d'un scrutin marqué par une abstention record pour une présidentielle, et l'absence de concurrents de poids. Il avait succédé au modéré Hassan Rohani, qui l'avait battu à l’élection présidentielle de 2017 et ne pouvait plus se représenter après deux mandats consécutifs. Sans doute conscient qu'il lui fallait tenter de rassembler une société iranienne divisée sur la question des libertés individuelles, il s'était engagé pendant la campagne électorale de 2021 à être le défenseur de la "liberté d'expression" et des "droits fondamentaux de tous les citoyens iraniens".

Un adversaire résolu d'Israël

Ebrahim Raïssi était sorti renforcé des législatives tenues le 1ᵉʳ mars dernier et le 10 mai. Ces élections étaient le premier scrutin national depuis le mouvement de contestation qui a secoué l'Iran fin 2022 à la suite du décès de Mahsa Amini, une jeune femme arrêtée pour non-respect du code vestimentaire strict de la République islamique. Le président iranien s'était alors félicité d'"un nouvel échec historique infligé aux ennemis de l'Iran après les émeutes" de 2022. Le Parlement, qui entrera en fonction le 27 mai, sera très largement sous le contrôle des camps conservateurs et ultraconservateurs, qui soutiennent son gouvernement.

Ces derniers mois, Ebrahim Raïssi s'était présenté comme un adversaire résolu d'Israël, l'ennemi juré de la République islamique, en apportant son soutien au mouvement islamiste palestinien Hamas depuis le début, le 7 octobre, de la guerre qu'Israël lui livre dans la bande de Gaza. Il avait ainsi justifié l'attaque inédite lancée par l'Iran le 13 avril contre Israël, avec 350 drones et missiles, dont la plupart avaient été interceptés avec l'aide des États-Unis et de plusieurs autres pays alliés, comme la France. Ebrahim Raïssi figurait sur la liste noire américaine des responsables iraniens sanctionnés pour "complicité de graves violations des droits humains", accusations balayées comme nulles et non avenues par les autorités de Téhéran.

Procureur général à seulement 20 ans

Durant trois décennies, Ebrahim Raïssi a gravi les échelons du système judiciaire, après avoir été nommé procureur général de Karaj, près de Téhéran, à seulement 20 ans, dans la foulée de la victoire de la Révolution islamique de 1979. Il a ensuite été procureur général de Téhéran de 1989 à 1994, puis chef adjoint de l'Autorité judiciaire de 2004 à 2014, année de sa nomination au poste de procureur général du pays.

En 2016, le guide suprême Ali Khamenei l'a placé à la tête de la puissante fondation caritative Astan-é Qods Razavi, qui gère le mausolée de l'Imam-Réza à Machhad ainsi qu'un immense patrimoine industriel et immobilier. Trois ans plus tard, il a pris la tête de l'Autorité judiciaire. 

Sans grand charisme et toujours coiffé d'un turban noir de "seyyed" (descendant de Mahomet), Raïssi, barbe poivre et sel et fines lunettes, a suivi les cours de religion et de jurisprudence islamique de l'ayatollah Khamenei. Marié à Jamileh Alamolhoda, professeure de sciences de l'éducation à l'université Chahid-Béhechti de Téhéran, avec laquelle il a eu deux filles diplômées du supérieur, Raïssi était le gendre d'Ahmad Alamolhoda, imam de la prière et représentant provincial du Guide à Machhad, deuxième ville d'Iran.


JC avec AFP

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