Aux États-Unis, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées pour brûler des livres jugés hérétiques.
Le plus souvent, les ouvrages évoquent des questions de racisme, d’esclavage ou encore d’homosexualité.
80% des Américains se disent opposés à l’interdiction de ces livres à l’école.

L’histoire est digne du roman Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, dans lequel les livres sont censurés et voués à la destruction. Le 31 octobre 2022, à Mount Juliet, dans le Tennessee, plusieurs dizaines de personnes brûlent des livres jugés hérétiques, par centaines. L’évènement est organisé pour la seconde fois par un pasteur évangélique nationaliste et radical. Parmi ses cibles, Harry Potter qui prônerait sorcellerie et satanisme. "On a dix fois plus de livres que la dernière fois et ça continue d’arriver. Regardez-moi ça", s’amuse Greg Locke, le pasteur, sur les réseaux sociaux. 

1650 livres interdits l'an dernier

Cette censure des livres a commencé sous Donald Trump. Alors Président des États-Unis, il avait interdit des formations sur la diversité pour les fonctionnaires. Dans la foulée, des comtés et même une dizaine d’États entiers républicains ultraconservateurs ont interdit de la maternelle au lycée de nombreux ouvrages. "J’exige que ces ouvrages pornographiques soient retirés des écoles", a déclaré Greg Abbott, gouverneur républicain du Texas. 

En tout, sur la dernière année scolaire aux États-Unis, 1650 livres ont été interdits, un niveau inédit. Ils évoquent généralement les questions de racisme, d’esclavage, d’homosexualité ou encore les violences policières. C’est le cas par exemple de la saga Twilight, une histoire d’amour entre un vampire et une adolescente, jugée hérétique et pornographique. Plus absurde, Où est Charlie interdit à cause d’une femme seins nus sur la plage. 

Si un enfant de dix ans lit ça, il va croire que c’est la réalité. Ça va en faire un prédateur sexuel et ça va devenir un criminel
Tim Anderson, élu républicain en Virginie (Etats-Unis)

Une bataille judiciaire déchire justement la petite ville côtière de Virginia Beach. Au départ, un avocat père de deux enfants qui est élu républicain. Il veut interdire une soixantaine de livres dans les bibliothèques des écoles de sa ville. "Notre comté a estimé que ce livre était fondamentalement vulgaire", montre Tim Anderson, dans le reportage du 13H de TF1 en tête de cet article. 

Il nous montre deux exemples : un roman graphique sur l’adolescence et la quête d’identité, notamment sexuelle, et un conte fantastique où il est question durant quelques pages de viol. "Dans la littérature hétérosexuelle, le pire qui puisse arriver à un ado, c’est de coincer son appareil dentaire dans celui de sa copine. Dans la littérature gay, ça ne parle que de sexe. Si un enfant de dix ans lit ça, il va croire que c’est la réalité. Ça va en faire un prédateur sexuel et ça va devenir un criminel", poursuit Tim Anderson. 

Menaces et agressions contre les bibliothécaires et les auteurs

Par conséquent, menaces et agressions se multiplient. Martha Hickson, bibliothécaire dans un lycée, a, par exemple, été harcelée par un groupe de parents. Ils exigeaient qu’elle retire cinq livres de ses étagères. "Ces livres ont un point commun : la thématique LGBT. Quand ils s’en prennent à ces livres, ils s’en prennent à leurs lecteurs et moi, je les connais les élèves qui empruntent ces livres. C’est moi qui leur remets ces bouquins et je ne laisserai pas ces gens s’attaquer à ces enfants", clame-t-elle. 

Ils n’ont obtenu gain de cause que pour un seul livre, mais elle a fini en arrêt maladie. "Ils m’ont attaquée, traitée de pédophile, m’ont accusée de pervertir les élèves. Je pensais que le plus dangereux en étant bibliothécaire, ce serait de se couper avec du papier", ironise Martha. 

Mais les premières victimes restent les écrivains censurés, comme Ashley Hope Pérez, autrice de Out of darkness. Son livre évoque une histoire d’amour entre une jeune fille blanche et un garçon noir sur fond de ségrégation. "Les gens ne peuvent pas venir aux réunions d’école en disant ‘je ne veux pas que mon enfant fréquente des élèves noirs ou gays’. Mais ils peuvent se servir d’une couverture en disant ‘ce livre est répugnant’", affirme l'écrivain. Aujourd’hui, plus de 80% des Américains se disent opposés à l’interdiction des livres dans les écoles. 


L.T. | Reportage vidéo : Axel Monnier, Julie Asher

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