Samedi 15 octobre, des images ont circulé sur les réseaux sociaux montrant la prison de Téhéran en flammes.
Selon les officiels iraniens, cela n'aurait "rien à voir avec les troubles récents".
Sur les réseaux sociaux, les ONG parle d'une prison qui abrite des détenus politiques et qui flirterait avec la torture.

Un symbole de la répression iranienne en feu. Samedi 15 octobre, dans la soirée, la prison d'Evine, située à Téhéran (Iran) a été le théâtre d'une nouvelle journée de mobilisation contre le pouvoir en place. De sinistre réputation, cette prison accueille - entre autres - des détenus politiques qui s'opposent au régime.

"Des troubles et des affrontements ont été observés samedi soir", a simplement confirmé un haut responsable de sécurité cité par l'agence officielle Irna. Mais "en ce moment, la situation est complètement sous contrôle et le calme est revenu dans la prison", a-t-il ajouté, imputant le départ de feu à des "voyous". Selon l'Autorité judiciaire iranienne, quatre détenus sont décédés après l'incendie. 

Pour autant, les officiels iraniens refusent de voir dans ces affrontements une suite à la mobilisation qui secoue le pays, depuis septembre. Selon le procureur de Téhéran, cité par l'agence de presse officielle, ce qu'il s'est passé samedi n'a "rien à voir avec les troubles récents dans le pays".  Selon un pompier sur place, cité par Irna, "huit personnes ont été blessées dans cet incendie". Des centaines de personnes arrêtées lors du mouvement de contestation y auraient été envoyées, depuis plusieurs semaines.

Cet établissement est surtout connu pour les mauvais traitements qu'il inflige aux prisonniers politiques. Selon l'ONG Human Rights Watch, le régime iranien aurait recours à des menaces de torture et d'emprisonnement indéfini. L'organisation dénonce, par ailleurs, les longs interrogatoires imposés aux détenus. Dans le même temps, la direction de la prison refuserait les soins médicaux pour les prisonniers. En août dernier, un groupe de pirates informatiques avait divulgué des images allant en ce sens. Sur celle-ci, on pouvait y voir des gardiens frappant et maltraitant des détenus.

"Evine n'est pas une prison ordinaire"

La prison d'Evine détient également des étrangers ou binationaux comme l'universitaire franco-iranienne Fariba Adelkhah et l'Américain Siamak Namazi, qui a été réincarcéré cette semaine après une libération temporaire, selon sa famille. Sur Twitter, le journaliste irano-américain Jason Rezaian, qui avait été incarcéré dans cette prison durant 544 jours, a confirmé ces mauvais traitements. "Evine n'est pas une prison ordinaire. Beaucoup d'Iraniens parmi les meilleurs et les plus brillants ont passé de longues périodes confinés là-bas, où des femmes et des hommes courageux se voient refuser leurs droits fondamentaux de dire la vérité au pouvoir. Le régime est responsable de ce qui arrive à ceux qui sont à l'intérieur en ce moment", a-t-il dénoncé, avec des photos de la prison en feu.

Des images, partagées sur Twitter par l'organisation non gouvernementale Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, avaient montré d'immenses flammes et une épaisse fumée se dégageait de la prison, alors que des coups de feu étaient entendus. Par ailleurs, des cris de "mort au dictateur" étaient audibles sur certaines vidéos postées par des médias d'opposition au régime sur les réseaux sociaux. 

Celles-ci trouvent leurs racines dans la mort de Mahsa Amini, morte trois jours après avoir été arrêté par la police des mœurs. Depuis, les Iraniennes ont été le fer de lance des manifestations, criant des slogans antigouvernementaux, enlevant et brûlant leur foulard, et tenant tête aux forces de sécurité dans les rues.


Benoit Leroy

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