Les réponses apportées à la question de l'immigration sont parfois contradictoires en Europe, comme c'est le cas en Italie.
Le pays semble réussir à contrôler l'arrivée de migrants clandestins, mais prévoit de délivrer 450.000 visas à des travailleurs étrangers.

Les migrants n'ont pas débarqué sur les plages de Pozzalo (Sicile) depuis plusieurs semaines déjà. Pourtant, pendant des années, la station balnéaire au sud de la Sicile était l'une des portes d'entrée de l'immigration illégale en Europe. Sur le port, les arrivées étaient quasi quotidiennes, comme en témoignent les habitants dans le reportage de TF1 ci-dessus. Mais depuis janvier, les arrivées illégales ont été divisées par trois en Italie, avec 16.000 constatées, contre 42.000 sur la même période en 2023.

Accords avec la Tunisie

Serait-ce le résultat de la politique anti-migrants de la Première ministre italienne Giorgia Meloni ? La première explication de cette baisse tient à un accord signé avec le président tunisien, et financé par l'Union européenne, à hauteur de 105 millions d'euros. La Tunisie s'est engagée à mieux contrôler ses côtes, et à empêcher les nombreux départs.

ONG harcelées

Si les arrivées diminuent, c'est aussi parce que les sauvetages n'ont jamais été aussi difficiles pour les ONG. Giorgia Meloni et son gouvernement d'extrême-droite harcèlent les navires humanitaires, avec de nouvelles réglementations contraignantes. Une technique est de sanctionner les ONG qui effectuent plusieurs sauvetages d'affilée, alors que la loi exige qu'elle revienne à quai entre chaque opération. Et pour ne rien simplifier, les autorités italiennes leur affectent des ports d'attache au nord du pays, bien loin des zones de sauvetage, ce qui rend beaucoup plus coûteuses les campagnes en mer.

Des centres de rétention construits... mais vides

Autre priorité de la Première ministre italienne, le rapatriement coûte que coûte des clandestins. C'est la raison pour laquelle elle a construit des centres de rétention en préfabriqué, qui doivent faciliter des expulsions sous 28 jours. Le bâtiment est bien gardé, mais encore totalement vide : l'activité a été suspendue par des juges, car contraire au droit européen.

On compte environ 30.000 migrants clandestins en moins depuis janvier... alors que le pays veut pourtant accueillir 450.000 travailleurs étrangers en toute légalité d'ici à 2025. C'est là tout le paradoxe de la politique de Giorgia Meloni. De nombreux secteurs, à commencer par l'agriculture, manquent de main-d’œuvre. En Sicile, les exploitations se comptent par centaines, mais les permis de travail accordés par l’État sont loin de répondre aux besoins des entreprises. Loin des déclarations politiques anti-immigration qui l'ont portée au pouvoir, Giorgia Meloni semble aujourd'hui rattrapée par la réalité économique de son pays.


La rédaction de TF1info | Reportage : L. Merlier, P. Humez, B. Bedarida

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