Charles III, le nouveau roi d'Angleterre

L'hymne "God Save the King" est-il le plagiat d'un morceau français ?

Frédéric Senneville
Publié le 16 septembre 2022 à 9h53
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Source : TF1 Info

"God Save the King" résonne chaque jour depuis l'avènement de Charles III.
Ce chant, qui remonte au 18ᵉ siècle, est de facto l'hymne britannique.
Depuis cette époque, le soupçon d'un plagiat ressurgit régulièrement.

"God Save the King !". Depuis la mort d'Elizabeth II le 8 septembre dernier, cette prière est sur toutes les lèvres des Britanniques. Son fils Charles devenant roi, les paroles de l'hymne sont revenues à leur version masculine. Depuis plus de 70 ans, les sujets britanniques n'ont entendu que le " "God Save the Queen", utilisé quand le monarque est une femme. Un hymne qui de toute façon n'en est pas vraiment un, et qui pourrait même ne pas être britannique... 

Une rumeur ancienne

S'il rythme la vie de la Grande-Bretagne depuis 1744, ce morceau n'en est pourtant pas l'hymne officiel, puisque le royaume n'en a pas. Il en tient lieu cependant, lors de nombreuses cérémonies, célébrations ou sorties royales. C'est aussi celui qui retentit pour les sportifs britanniques quand ils remportent une médaille olympique, ou quand ils s'apprêtent à disputer un match international. 

Et quasiment depuis la même époque, une rumeur récurrente veut que ce chant soit la transposition d'un hymne écrit par Jean-Baptiste Lully pour Louis XIV, en 1686. Un plagiat, un vol, un crime de lèse-majesté, comme seule saurait en perpétrer la "perfide Albion" (... même si cette expression est elle-même ultérieure). 

Une source douteuse

L'accusation est formalisée dans les "Souvenirs de la marquise de Créquy", un ouvrage qui rassemblait les mémoires de cette femme de cour et d'esprit du XVIIIᵉ siècle, et dont l'authenticité est depuis longtemps mise en doute. Née en 1714, la dame n'est d'ailleurs pas contemporaine des évènements qu'elle relate. Selon ce texte, c'est pour célébrer la guérison de Louis XIV d'une fistule anale, en 1686, que le maître Lully aurait composé la musique d'un morceau appelé "Grand Dieu sauve le Roi". Selon cette légende, le motet aurait été acheté plus tard par le musicien Georg Friedrich Haendel, né Saxon, mais devenu sujet britannique.

Aucune trace d'un hymne "français"

Un Allemand renégat qui offre aux Anglais un hymne volé aux Français, voilà qui assurait à cette rumeur de bonnes occasions de ressurgir régulièrement, au cours de l'histoire agitée qu'allaient connaître les nations européennes durant les deux siècles suivants. En réalité, les dates sur lesquelles repose le scenario du morceau plagié ne collent guère, et aucune trace dans les archives françaises n'atteste de son existence- hormis dans les seuls "Souvenirs de la marquise de Créquy", apocryphes et largement postérieurs. 

La musique de l'hymne royal britannique semble en fait trouver son origine dans des morceaux anglais du XVIIᵉ siècle, qui pourraient eux-mêmes avoir puisé dans un vieux chant écossais. L'absence d'un auteur unique identifié a d'ailleurs pu contribuer au succès de la rumeur française. Quant au vers "God Save the King", il n'est pas d'une originalité suffisante pour que qui que ce soit le revendique comme son œuvre, puisqu'il était déjà contenu dans la liturgie qui accompagnait les couronnements des rois anglais depuis... le Xᵉ siècle.

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Charles III a déjà eu l'occasion d'entendre retentir pour lui le "God Save the King" plusieurs fois depuis son récent avènement, à la cathédrale Saint-Paul de Londres par exemple, ou au palais de Westminster. Il n'avait pas été chanté dans sa version masculine depuis qu'Elizabeth II était montée sur le trône en 1952. Le texte demeure strictement le même, en dehors du mot "queen" qui devient "king", et de la masculinisation des pronoms. 

On aura remarqué que Charles garde les lèvres closes pendant qu'on exécute le morceau, alors que la reine-consort Camilla l'entonne à ses côtés. La prière qu'il contient demandant le salut du monarque, il est en effet traditionnellement le seul qui ne puisse la chanter. 


Frédéric Senneville

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