VIDÉO - Mort de Navalny : "C'est très à la mode d'accuser Poutine", réagit le porte-parole de l'ambassade de Russie en France

Publié le 20 février 2024 à 23h09, mis à jour le 22 février 2024 à 11h03

Source : TF1 Info

Alexander Makogonov, le porte-parole de l'ambassade de Russie en France, était l'invité de LCI ce mardi soir.
Il a été longuement interrogé au sujet de la mort d'Alexeï Navalny, l'opposant russe mort vendredi.
Le porte-parole a invité l'Occident à laisser ce dossier "interne" à la Russie dans les mains des enquêteurs russes.

Il dit être venu pour "remettre l'Église au milieu du village". Le porte-parole de l'ambassade de Russie en France, Alexander Makogonov, était l'invité de LCI ce mardi 20 février. Interrogé longuement au sujet de la mort d'Alexeï Navalny, l'opposant russe décédé vendredi dernier, le porte-parole a commencé par regretter le procès intenté à Moscou dans cette affaire. Avant d'enjoindre les pays occidentaux à laisser l'enquête aux mains des autorités russes.

Moscou assure n'avoir "rien à cacher"

Face à la vidéo de la mère de l'opposant, qui appelle Vladimir Poutine à lui remettre "sans délai", le corps de son fils, le porte-parole de l'ambassade de Moscou reste de marbre. S'il décrit les sentiments de cette mère comme "naturels et très compréhensibles", il défend la décision des autorités russes. "L'enquête sur les circonstances de sa mort est en cours". "Il y a des expertises à caractère médical et judiciaire, son corps se trouve dans les mains des spécialistes", a-t-il indiqué, refusant toutefois de préciser la localisation de la dépouille, qui lui apparait comme un non-sujet.

Mais ce n'est pas la seule demande que le porte-parole a balayée du revers de la main. Tandis que la France souhaite l'ouverture d'une enquête indépendante sur la mort d'Alexeï Navalny dans sa colonie pénitentiaire de l'Arctique, le porte-parole de l'ambassade rétorque qu'il s'agissait "d'affaires intérieures à la Russie". "C'est pourquoi cette enquête appartient aux services judiciaires et aux autorités russes", a-t-il argué sur le plateau de LCI. "On n'a rien à cacher, mais nous pouvons effectuer cette enquête par nos propres moyens."

Utilisant une argumentation en miroir, qui consiste à dévier une question par des références à un autre sujet, Alexander Makogonov a poursuivi en appelant de ses vœux à l'ouverture d'enquêtes indépendantes, citant notamment "les événements à Boutcha", en Ukraine. Pour rappel, Amnesty International a publié, le 6 mai 2022, les résultats de son enquête concluant à la culpabilité des forces russes dans le massacre de 637 Ukrainiens. Le 22 décembre, une autre enquête révélait même l'unité coupable des massacres : le 234ᵉ régiment de parachutistes de Moscou. Au contraire, aucune des différentes versions présentées par Moscou au sujet de ce massacre n'a été étayée de preuves

Si Paris demande une enquête indépendante au sujet de Navalny, c'est surtout pour découvrir s'il y a un quelconque "élément criminel", piste écartée par l'enquête officielle. En attendant ces résultats, la veuve d'Alexeï Navalny fait porter sans aucun doute la responsabilité de cette mort au président russe. "Poutine a tué mon mari", avait lancé Ioulia Navalnaïa à Munich, quelques heures après l'annonce du décès. 

Encore une accusation que récuse le porte-parole de l'ambassade de Russie à Paris. "Aujourd'hui, c'est très à la mode de culpabiliser et d'accuser la Russie, et notamment le président Vladimir Poutine, de tous les maux et de tous les crimes du monde", a réagi Alexander Makogonov sur notre plateau. "Ce n'est pas le président qui est allé personnellement tuer Navalny", a-t-il ensuite ironisé, avant de reprocher à demi-mot à Ioulia Navalnaïa d'avoir participé à cette mort. "Si elle avait voulu l'avoir avec elle, peut-être fallait-il le retenir", a-t-il ajouté en référence au retour de son mari en Moscou après son hospitalisation en Allemagne.

PORTRAIT - Qui est Ioulia Navalnaïa, la veuve d'Alexeï Navalny?Source : TF1 Info

Interrogé sur LCI au sujet des accusations de cette mort, l'ambassadeur a répété que "l'enquête est en cours" et qu'il est "trop tôt pour accuser qui que ce soit, et surtout le président Poutine". "C'est peut-être la dernière personne sur la planète à s'intéresser à la mort de Navalny", a-t-il lâché, en guise de conclusion. "C'était un prisonnier comme les autres." Un prisonnier "comme les autres", peut-être, mais un mort dont on ne peut saluer la mémoire en Russie. La famille n'a toujours pas de corps à enterrer. Et ce week-end, la justice russe a condamné à des peines de prison au moins 150 personnes interpellées au cours d'hommages à Alexeï Navalny. 


Felicia SIDERIS

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