Dans la nuit du lundi 25 au mardi 26 décembre, l'armée ukrainienne a visé un navire russe stationné en Crimée annexée.Kiev assure avoir détruit le bâtiment de guerre, quand Moscou indique qu'il est seulement "endommagé".
Deux versions s'opposent. Ce mardi 26 décembre, l'armée ukrainienne a infligé un nouveau camouflet à la Russie en parvenant à toucher un bateau militaire en mer Noire et stationné dans un port de l'est de la Crimée annexée. Dans un communiqué, Kiev affirme avoir "détruit" le bâtiment de guerre. De son côté, la Russie indique seulement qu'il est "endommagé".
Le dirigeant russe Vladimir Poutine a été informé par son ministre de la Défense Sergueï Choïgou de "dégâts" subis par le grand navire de débarquement Novotcherkassk lors de cette frappe, a indiqué à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, sans plus de détails. Le ministère de la Défense, cité par l'agence RIA Novosti, avait lui indiqué que le bateau avait été "endommagé lors d'une attaque des forces armées ukrainiennes avec recours à des missiles de croisière" dans la ville de Féodossia.
Navire de débarquement amphibie, le Novotcherkassk a été mis en service en 1976. Long de 112 mètres, il pouvait emporter une cargaison de plus de 400 tonnes. Le bateau avait déjà été visé par l'armée ukrainienne le 24 mars 2022 alors qu'il était au large de Berdiansk, trois membres d'équipages avaient péri.
Ukraine en mer Noire : des attaques en série contre la Russie
L'armée ukrainienne dit avoir "détruit" ce navire parce qu'il transportait, selon elle, des drones Shahed de fabrication iranienne, fréquemment utilisés par Moscou dans le conflit. L'attaque a été menée vers 2h30 à l'aide de missiles de croisière de "l'aviation tactique", a indiqué l'armée de l'air sur Telegram. Pour sa part, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a sous-entendu que le bateau avait été coulé, saluant d'un ton sarcastique le travail de son armée de l'air "pour l'impressionnant ajout d'un nouveau navire à la flotte russe sous-marine en mer Noire". L'attaque a par ailleurs fait un mort et deux blessés et endommagé six immeubles, selon le gouverneur de Crimée, Sergueï Aksionov.
Cette frappe sur un navire russe constitue un succès pour l'Ukraine, qui cherche à prouver qu'elle peut écarter la flotte militaire de Moscou de ses côtes, même si elle échoue à faire reculer son armée sur le front. En effet, il ne s'agit pas de la première attaque en mer Noire. Le 13 septembre dernier, Kiev a attaqué le navire Minsk et le sous-marin Rostov-sur-le-Don alors stationnés à Sébastopol en cale sèche. Toujours en Crimée annexée, les Ukrainiens ont attaqué le 22 septembre le QG de la flotte russe en mer Noire.
La Crimée, péninsule annexée par Moscou en 2014, est régulièrement visée, car elle est importante pour la logistique de l'armée russe. Si le port d'attache de la flotte de la mer Noire est situé à Sébastopol, à environ 190 km de Féodossia, plusieurs navires seraient également déployés actuellement dans le port de cette ville, selon des médias russes.
La Russie n'est plus capable de "maîtriser la mer Noire"
Conséquence de ces attaques, les Russes ont cherché à protéger leurs navires et ont retiré des bâtiments installés dans la base fragilisée pour les mettre dans d'autres ports, comme à Foedossia plus à l'est ou à Novorossiisk dans la région de Krasnodar en Russie. Cette stratégie se heurte aux attaques menées en pleine mer par les drones ukrainiens. Depuis des mois, ils harcèlent la flotte russe et sont devenus une spécialité de l'armée ukrainienne. D'ailleurs, Kiev entend mettre en service très rapidement un nouveau drone naval : le Mamai, capable d'atteindre en pointe une vitesse de 110 km/h.
Les opérations réussies de Kiev en mer Noire constituent un de ses rares succès militaires majeurs en 2022, car sa contre-offensive a buté contre les lignes de défense russes, et les troupes de Moscou ont intensifié leur pression sur les fronts Est et Sud. "La marine russe n'est plus en mesure d'assurer la maîtrise de la mer Noire et ne peut plus assurer un blocus naval efficace contre les ports ukrainiens. Cette évolution constitue un revers significatif pour Moscou", a analysé la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques.
