Donald Trump a accordé un double entretien au magazine américain Time dans lequel il dévoile de premières mesures en cas d'élection en novembre prochain.
Le républicain propose notamment d'envoyer l'armée à la frontière mexicaine et de déporter 11 millions de migrants.
Du côté de l'avortement, il souhaite laisser le dernier mot aux États, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles restrictions.

"S'il gagne". Ce sont les mots choisis par le Time en Une de son dernier numéro. "Il", c'est Donald Trump, dont une photo en noir et blanc, l'air sévère, illustre le magazine. Sévère, le programme qu'il dessine à l'intérieur l'est tout autant. Déploiement de l'armée pour résoudre la crise migratoire, carte blanche aux États pour interdire l'avortement… Le républicain promet, s'il est élu, un second mandat tonitruant, que le Time décrit comme une "présidence impériale qui remodèlerait l'Amérique et son rôle dans le monde".

Interrogé au cours de deux entretiens, l'un en personne et l'autre au téléphone, Donald Trump s'est exprimé sur plusieurs thématiques au cœur de la campagne en cours. Première d'entre elle, la question de l'IVG. Opposera-t-il son veto à une loi fédérale restreignant très sévèrement ce droit ? Le principal intéressé refuse de se positionner. "Je n'ai pas à mettre de veto parce que maintenant tout est revenu aux États", estime-t-il. Une référence à une décision de la Cour suprême de 2022, qui a mis fin à la protection fédérale du droit à l'avortement et renvoyé cette compétence aux Etats, et donc il se vante souvent d'être le responsable après la nomination de trois juges ultraconservateurs à la plus haute juridiction du pays. Il l'assure, il laissera le champ libre à ces derniers s'ils décidaient de poursuivre en justice des femmes ayant avorté au-delà de la date limite. "Je n'ai pas à être à l'aise ou pas à l'aise" avec cette perspective, balaye-t-il. 

"Si ce n'est pas le cas, j'utiliserais l'armée"

Autre thème brulant : l'immigration et la crise à la frontière mexicaine. Ici, le républicain répète qu'il procéderait à l'expulsion massive de 11 millions de migrants. "Pour mener à bien une opération d'expulsion destinée à expulser du pays plus de 11 millions de personnes, Trump m'a dit qu'il serait prêt à construire des camps de détention pour migrants et à déployer l'armée américaine, à la fois à la frontière et à l'intérieur du pays", relate l'auteur de l'article du Time, Eric Cortellessa. "La Garde nationale (ndlr: un corps d'armée relevant des États) devrait être capable de s'en charger. Si ce n'est pas le cas, j'utiliserai l'armée", donc les troupes fédérales, martèle le candidat. Quand le journaliste du Time pointe du doigt qu'une loi de 1878 l'empêcherait de déployer l'armée contre des civils, Donald Trump ne s'en émeut pas. "Ce ne sont pas des civils. Ce sont des gens qui ne sont pas légalement dans notre pays", lance-t-il.

Celui-ci ne s'arrête pas là. En matière d'économie, il indique envisager des droits de douanes de "plus de 10%" sur toutes les importations. En outre, l'ex-président se dit "absolument" prêt à gracier tous ses partisans qui ont envahi le Capitole le 6 janvier 2021, dans une tentative d'empêcher le Congrès de certifier la victoire de son adversaire Joe Biden. Interrogé sur la possibilité de violences politiques dans la foulée du scrutin de novembre prochain, Donald Trump, poursuivi entre autres pour son rôle dans l'assaut du 6 janvier et pour fraude électorale dans l'Etat de Géorgie, répond : "Si nous ne gagnons pas, vous savez, cela dépend."

En ce qui concerne l'international, là encore le milliardaire semble prêt à tout révolutionner. Pour l'aide à l'Ukraine, bloquée pendant des mois au Congrès par des élus trumpistes, Donald Trump met en garde : "Je ne donnerai (pas plus d'assistance) si l'Europe ne commence pas à faire autant" que les États-Unis. L'ancien président juge par ailleurs que si la Corée du Sud veut que les milliers de soldats américains basés sur son sol y restent, elle devra payer davantage : "Pourquoi devrions-nous défendre qui que ce soit ? Et on parle d'un pays très riche."

"Je pense que l'ennemi de l'intérieur est, dans de nombreux cas, bien plus dangereux pour notre pays que les ennemis extérieurs de la Chine, de la Russie et d'autres", affirme Donald Trump, qui a plusieurs fois chanté les louanges de dirigeants autoritaires et promis qu'il serait un dictateur "seulement le premier jour" de son second mandat. En conclusion de cette longue enquête, Eric Cortellessa demande à l'ancienne star de téléréalité : "Ne voyez-vous pas pourquoi de nombreux Américains considère ce discours sur la dictature comme contraires à nos principes les plus chers ?". Donald Trump lui rétorque : "Je crois que beaucoup de gens aiment ça".


T.G.

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