VIDÉO - Présidentielle en Russie : comment le vote électronique devrait servir les intérêts de Poutine

Publié le 15 mars 2024 à 16h45

Source : TF1 Info

Un tiers des électeurs russes peuvent utiliser ce weekend le vote électronique pour participer au scrutin présidentiel.
Cette méthode fait l'objet de critiques, car elle donne la possibilité aux autorités de gonfler artificiellement les résultats.
Notamment car, pour la première fois, l'élection s'étend sur trois jours.

"L'objectif est simple : franchir le seuil des 80%". À l'été 2023, la garde rapprochée de Vladimir Poutine s'était épanchée concernant l'élection présidentielle et le résultat escompté pour leur candidat. Huit mois plus tard, le pari semble en passe d'être gagné : le scrutin qui a débuté ce vendredi va permettre à l'hôte du Kremlin de s'offrir un cinquième mandat. Notamment, car en l'absence d'opposition, ses services savent manipuler les votes en ligne.

Pour la première fois, les électeurs vont pouvoir se rendre dans l'isoloir sur une période plus étendue : trois jours, contre un seul habituellement. À cela, s'ajoutent les régions qui, comme celles de l'extrême Est du pays ou les territoires annexés en Ukraine, ont bénéficié de votes anticipés. Officiellement, cela permet d'atteindre des électeurs parfois isolés. Officieusement, ce laps de temps offre surtout un atout aux autorités.

Un résultat trois fois plus important par vote électronique par rapport aux urnes

Cette année, la Russie inaugure le vote électronique à distance. Au total, 29 régions sont concernées, pour toucher environ un tiers des électeurs, selon Novaïa Gazeta. Problème : selon ce média d'opposition russe contraint à l'exil, de sérieux doutes peuvent être émis concernant sa fiabilité. En 2021, cette méthode de vote avait en effet été testée pour la première fois dans la région de Moscou, durant les élections législatives. Selon les résultats à la sortie des urnes classiques, deux candidats étaient au coude à coude : celui de Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine, et celui du Parti Communiste. Ce dernier était même légèrement en tête. C'était sans compter les votes électroniques, qui ont permis au candidat du Kremlin de quasiment tripler son avance sur son rival.

L'avantage dont bénéficie le camp présidentiel ne s'arrête pas là. Comme l'explique Le Monde, le vote électronique permet d'influencer les "budjetniki". Derrière ce terme, on retrouve les retraités, les fonctionnaires ou les employés des entreprises rattachés à l'État. Signe particulier ? Ils sont obligés d'utiliser ce système de vote… et d'envoyer une capture d'écran le prouvant. Difficile, dès lors, d'oser voter pour un rival de Vladimir Poutine.

Autre atout dans la manche du Kremlin pour surveiller son électorat : une application de fidélité, créé par ses services. "Les médecins, infirmières, enseignants et fonctionnaires ont reçu par SMS une ligne de code unique qui les dirige vers un site web. Ils peuvent ensuite informer le site Internet de la date à laquelle ils auront voté", explique le quotidien britannique The Telegraph. Devant un tel déroulement, difficile d'imaginer un autre vainqueur que Vladimir Poutine ? C'est en tout cas l'avis du président du Conseil européen. Charles Michel a "félicité" avec ironie vendredi le chef de l'État "pour sa victoire écrasante lors d'élections qui débutent aujourd'hui".

Selon l'ONG russe Golos, spécialisée dans la surveillance électorale, le risque de fraude est également élevé cette année en raison du calendrier inédit de l'élection, s'étendant sur trois jours. En fonction des résultats observés dès le vendredi soir grâce aux systèmes informatiques, l'ONG considère qu'une participation ou un score trop faible en faveur de Vladimir Poutine peuvent facilement être rectifiés avant le lendemain. Idem dans la nuit de samedi à dimanche.


Thomas GUIEN

Tout
TF1 Info