La ville de Boutcha est devenue le symbole des crimes de guerre dont est accusée la Russie en Ukraine.
En avril dernier, les corps de dizaines de civils abattus y ont été découverts.
Parmi eux, un couple tué sur une autoroute, en tentant de mettre son fils à l'abri.
Près d'un an après le drame, leur famille réclame que les coupables soient punis.

Au premier abord, elle ressemble à une station service des plus classiques, avec ses pompes, ses affichages, sa boutique. Mais il y a quelques mois encore, le site de cette station de l'ouest de Kiev était dévasté, avec des lambeaux de tôles recouvrant le sol. Désormais, l'installation a été complètement réparée, comme le montre la vidéo du 20H de TF1 en tête d'article. La vie a repris son cours et il ne reste plus aucune trace des massacres perpétrés sur cette station d'autoroute.

En avril 2022, une équipe du JT de TF1 découvrait sur ces mêmes voies des scènes d'horreur, dont certaines images sont particulièrement violentes : des carcasses de voitures calcinées et des cadavres gisant à même le bitume, celui de civils délibérément pris pour cible. Certains corps étaient entassés et recouverts de pneus, sans doute dans une tentative d'y mettre le feu pour masquer le crime. D'autres, déjà carbonisés, jonchaient le sol.

Deux d'entre eux étaient totalement noircis. L'un, par terre, était accolé à une voiture, l'autre se trouvait sur la banquette arrière. Plusieurs mois ont été nécessaires pour les identifier formellement : il s'agissait de Maxim et Ksenya Iovenko, un couple qui tentait de fuir les Russes, emmenant à bord de leur véhicule leur fils alors âgé de six ans, Gordy, ainsi que la mère d'un ami. Tous deux ont survécu, et l'enfant est désormais à l'abri chez sa grand-mère Iryna. Devant les caméras de TF1, elle serre dans ses bras le petit garçon blond, qui affiche un sourire timide. 

"Ils les ont pris au piège"

Mais la mère de Maxim se souvient toujours de ce jour fatal, comme si c'était hier. "D'abord ils ont tué Ksenya, puis mon fils est sorti de la voiture pour les arrêter, mais ils l'ont tué aussi", murmure la soixantenaire, en larmes. "Ils essayaient juste de rejoindre un endroit plus en sécurité."

Le drame s'est déroulé le 7 mars 2022, quelques jours seulement après le début de l'offensive russe, à 27 kilomètres à l'ouest de Kiev, près de Boutcha, une ville où de nombreux corps de civils abattus ont été retrouvés, certains même torturés. Un secteur envahi par les forces russes jusqu'au niveau de l'autoroute E40. Près d'une station service, des soldats campés en bordure de la voie se mettent à tirer sur tous ceux qui circulent. Un drone ukrainien a filmé toute la scène : dans une voiture blanche, le couple s'approche de la station, avant d'être stoppé par des tirs. 

Maxim tente alors de faire cesser la fusillade en sortant du véhicule. Sans défense, il lève les bras en direction des combattants russes qui, en une fraction de seconde, l'abattent de sang froid. Selon son oncle, les voitures étaient siglées, elles indiquaient clairement que des enfants étaient à bord et les soldats du Kremlin le savaient très bien. "Ils ont sciemment laissé s'approcher les civils, et les ont pris au piège", assène Volodymyr Kashchuk.

Ces militaires ont ensuite fait sortir le petit Gordy et la deuxième passagère du véhicule. Tous deux ont été libérés plus tard. Le téléphone portable de Ksenya qui a ensuite permis d'identifier les auteurs de l'attaque : dans les jours qui suivent, ils passent 300 appels en Russie depuis l'appareil. Selon le bureau du procureur général d'Ukraine, l'unité impliquée appartient à la 5e brigade de la Garde Blindée, un régiment de chars basé en Sibérie et dont le responsable est le major Tharo Abatayev. 

"Certains sont peut-être morts parmi ceux qui ont tué mon fils. Mais je veux que la justice aille jusqu'au bout", affirme la mère de Maxim. Aux côtés de sa compagne, son fils fait partie des milliers de civils tués dans des attaques que le droit international qualifie de crime de guerre, et dont les coupables échappent trop souvent encore aux tribunaux. Depuis un an, la justice ukrainienne a ouvert 66.000 enquêtes pour viols, meurtres et destructions. 


M.L | Reportage TF1 : Michel Scott et Paul Bouffard

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