VIDÉO - Patron de presse… et agent du KGB : qui était Philippe Grumbach, ancien directeur de L'Express ?

Publié le 14 février 2024 à 12h54

Source : TF1 Info

L'Express a révélé mardi que l'un de ses anciens directeurs, Philippe Grumbach, a travaillé pendant plusieurs décennies au service de l'URSS.
Journaliste très respecté et proche de plusieurs anciens chefs d'État, il figure sans doute parmi les plus grands espions de la Ve République.

C'est une révélation qui fait grand bruit dans le monde des médias. Grande figure du journalisme de la seconde moitié du XXe siècle, Philippe Grumbach "a renseigné les services secrets de l’URSS pendant trente-cinq ans", révèle mardi L'Express, un journal dans lequel il a occupé les fonctions de rédacteur en chef avant de devenir le directeur de la rédaction (en 1974). Une information confirmée par son entourage. 

Proche de plusieurs grands hommes politiques de son époque - Pierre Mendès France, François Mitterrand ou encore Valery Giscard d'Estaing, dont il était l'un des conseillers les plus écoutés, selon un article du Canard enchaîné de 1977 -, il fait figure de l'un des plus grands espions du KGB de l'histoire de la Ve République. Il est loin d'être le seul, la France étant devenue l'un des plus grands nids d'espions soviétiques après la Seconde Guerre mondiale, mais il est sans aucun doute l'un des plus marquants. 

"L'une des figures les plus marquantes et les plus respectées de la presse française"
Jean-Jacques Aillagon

Né le 25 juin 1924 dans la capitale, Philippe Grumbach effectue ses études au lycée Janson-de-Sailly (Paris) puis au lycée Périer (Marseille). Il devient en 1943 speaker-rédacteur à la section française de la Voix de l’Amérique, le service de diffusion internationale par radio et télévision du gouvernement américain, à New York (États-Unis). Rapidement, il se rapproche du monde politique en intégrant le ministère de l’Information en tant que rédacteur (1945). Mais c'est dans la presse qu'il va rapidement s'imposer comme un personnage qui compte, passant successivement par l’Agence française de presse (1946-48), Libération (1948-49), L'Express (1954-1963 puis 1971-1978), le satyrique Crapouillot (1966-1972) et Le Figaro (1984-89). Il crée également son propre journal, l'hebdomadaire Pariscope (1965). 

Philippe Grumbach a tissé une véritable toile d'araignée dans les médias, la culture et la politique.
Philippe Grumbach a tissé une véritable toile d'araignée dans les médias, la culture et la politique. - LCI

Fort de son expérience, il occupe par la suite des fonctions au sein de la commission chargée de veiller à la qualité des programmes de radiodiffusion et de télévision (1975-81), du Haut-conseil de l’audiovisuel (1977-81) et de la Commission nationale du droit de réponse (1977-81). Il effectue aussi des passages en tant qu'administrateur de l’Institut national de recherche pédagogique (1978) et président-directeur général d’Horizons Productions (1981-86). Une carrière particulièrement riche qui conduira le ministre de la Culture de l'époque, Jean-Jacques Aillagon, a le qualifié de "l'une des figures les plus marquantes et les plus respectées de la presse française", après son décès. 

"L'un des espions les plus appréciés par Moscou"

Une autre carrière va se dérouler à l'ombre de Moscou, qui l'attire dans ses filets dès 1946, alors qu'il n'est encore âgé que de 22 ans. Philippe Grumbach est le personnage qui se cache derrière l’alias "Brok" dans les nombreux documents laissés par Vassili Mitrokhine, un ancien archiviste du KGB (1972-1982) passé au Royaume-Uni après la chute de l'URSS. 

Selon ces épais rapports, le journaliste a été chargé par le Kremlin de missions de renseignements, d'informations et d'actions, lesquelles passent notamment par des tentatives de déstabilisation politique plutôt que d'instrumentalisation de la presse. "On découvre le nom de Philippe Grumbach dans ces archives, lui qui n'a jamais été soupçonné par personne. Il est cité comme l'un des plus grands espions soviétiques à la fin du XXe siècle", a expliqué ce mercredi sur LCI Etienne Girard, actuel rédacteur en chef de l'Express et signataire de l'enquête, qui souligne que l'intéressé était "l'un des espions les plus appréciés" par Moscou. 

Après 35 ans de bons et loyaux services, le fondateur de Pariscope en termine avec son activité d'espion (il a tenté d'arrêter plus tôt mais a finalement renoncé face aux diverses menaces). Il s'éteint en 2003, âgé de 79 ans. 


Maxence GEVIN

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