La COP28 aux Émirats sera présidée par le PDG d'un groupe... pétrolier

V. Fauroux
Publié le 12 janvier 2023 à 22h06

Source : JT 13h WE

Le patron d'une compagnie pétrolière va présider la prochaine conférence mondiale sur le climat.
C'est le choix fait par les Émirats arabes unis qui organise la COP28 en novembre prochain à Dubaï.
Une désignation dénoncée par les militants de l’environnement.

Le PDG d'une compagnie pétrolière peut-il présider une conférence sur le climat ? La réponse est oui, si l'on en croit les Émirats arabes unis, pays hôte de la COP28 qui se tiendra à Dubaï du 30 novembre au 12 décembre. Ce pays du golfe Persique a désigné le chef du géant pétrolier ADNOC (Abu Dhabi National Oil Company), Sultan Ahmed al-Jaber pour présider ce prochain sommet, a indiqué ce jeudi un communiqué de l'agence de presse officielle WAM. Cet homme âgé de 49 ans, qui a étudié aux États-Unis et au Royaume-Uni, est aussi le ministre de l'Industrie et des technologies avancées, et l'envoyé spécial des Émirats pour le climat. Il pilote également Masdar, une entreprise publique d'énergies renouvelables, qui a investi dans plus d'une quarantaine de pays depuis sa création en 2006. 

Pourquoi est-il controversé ?

Sultan Ahmed al-Jaber a également dirigé la délégation de son pays à la COP27 en Égypte, l'une des délégations les plus importantes de l'histoire des négociations sur le climat. Il avait été nommé en 2009 au sein du groupe consultatif sur l'énergie et le changement climatique à l'ONU par le secrétaire général de l'époque, Ban Ki-moon. "Sultan Al Jaber a été le fer de lance de l'action climatique des Émirats bien avant, et pendant, son mandat à ADNOC", affirme l'expert climatique à Chatham House, Karim Elgendy.    

Pour autant, cette nomination a renforcé les craintes des militants qui plaident pour une sortie des énergies fossiles afin de limiter le réchauffement de la planète. Le choix d'une personnalité issue "d'une industrie qui est elle-même responsable de la crise" crée un "conflit d'intérêts", assure ainsi la directrice de l'organisation Climate Action Network International, Tasneem Essop. Les défenseurs de l'environnement dénoncent par ailleurs l'influence croissante des lobbyistes du secteur pétrolier et gaz. Ils étaient plus de 630 à la COP27, un nombre en hausse de plus de 25% par rapport à la conférence précédente à Glasgow, selon les associations. Le contingent le plus nombreux venait des Émirats arabes unis, l'un des principaux exportateurs de pétrole au monde. "La COP28 doit se conclure par un engagement sans compromis sur une sortie de tous les combustibles fossiles : charbon, pétrole et gaz", affirme Tracy Carty de Greenpeace International, en estimant qu'il "n'y a pas de place" pour cette industrie dans les négociations. 

Quel message les Émirats veulent-ils faire passer ?

Les Émirats arabes unis, en revanche, "ne voient aucune contradiction" dans la désignation du patron d'ADNOC, souligne Karim Elgendy. Pour le pays du Golfe, le pétrole et le gaz seront encore nécessaires pendant des décennies, et peuvent contribuer à financer les énergies renouvelables. "Le choix de Sultan Ahmed al-Jaber Sultan est absolument représentatif de l'approche des Émirats en matière d'action climatique, qui s'engagent à décarboniser leur économie (...) mais défendent leur droit moral à exporter chaque molécule de combustible fossile", affirme l'expert. "Leur argument est que le monde aura encore besoin de combustibles fossiles d'ici à 2050 et que ceux-ci devraient provenir des producteurs les moins chers et les moins polluants", à savoir les pays arabes du Golfe. 

Abou Dhabi veut aussi impliquer les dirigeants du secteur pétrolier dans le débat sur le climat. "Pour les pays du Golfe, où la richesse pétrolière contribue de manière significative à l'économie, une grande partie de l'action climatique devra provenir précisément de ce secteur", estime Aisha Al-Sarihi, chercheuse à l'Institut du Moyen-Orient de l'Université nationale de Singapour. "Exclure l'industrie pétrolière de la table des négociations pourrait ne pas servir la région", ajoute l'experte omanaise. De son côté, Sultan Ahmed al-Jaber promet une approche "pragmatique, réaliste et axée sur les solutions" pour lutter contre le réchauffement climatique.

La dernière conférence mondiale sur le climat, organisée en novembre en Égypte, a été marquée par l'adoption d'une résolution sur l'indemnisation des pays les plus pauvres pour les dégâts causés par le changement climatique. Mais cette COP27 n'a pas réussi à faire progresser la réduction des émissions de gaz à effet de serre, pour maintenir l'objectif de limiter le réchauffement de la planète.  


V. Fauroux

Tout
TF1 Info