En Ukraine, le gouvernement ne communique pas le nombre de vétérans blessés au combat.
Ils sont pourtant plusieurs dizaines de milliers à devoir se réinsérer dans la société et ce, depuis 2014 et la guerre du Donbass.
Rencontre avec ceux qui parviennent à se reconstruire par le sport.

Sasha en rêvait et il y est parvenu. Blessé alors qu'il défendait la région de Kiev suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie, ce soldat de 37 ans a perdu sa jambe lors des combats, le 13 mars 2022, et a bien cru être laissé pour mort sur le champ de bataille. Un an plus tard, il a finalement pu se remettre à courir et devrait faire le marathon des Marines le 26 octobre prochain. Auprès de LCI, il se remémore son parcours et son long chemin de reconstruction pour réaliser cet objectif.

"Les Ukrainiens, on peut les tuer, mais on ne peut pas les vaincre"

"Les 'Orques' [dénomination utilisée par les Ukrainiens pour désigner les soldats russes, ndlr] se rapprochaient de plus en plus de nous… J’entendais déjà leurs échanges, les grésillements de leurs radios. Alors j’ai pris une grenade, en me disant que s’ils avançaient encore, j’allais pas me rendre, que j’allais au moins faire sauter quelques-uns de ces enfoirés avec moi…", raconte Sasha à propos de cette fameuse journée où il a perdu sa jambe. Mais face au contre-feu ukrainien, l’ennemi s'est finalement retiré et le soldat a pu être évacué.

Il a alors fallu commencer une nouvelle vie, avec une prothèse. Un an plus tard, la phase de rééducation a porté ses fruits au-delà de ses espérances, lui permettant même de se remettre à courir. "Honnêtement, quand t’as pas pu faire ça pendant plus d'un an alors que tu en rêvais… les émotions… ça te dépasse", souligne-t-il, ému, en se rappelant son premier footing, "je suis sûr d’une chose : les Ukrainiens, on peut les tuer, mais on ne peut pas les vaincre."

Une reconstruction initiée par des vétérans dès 2014

Ce père de deux enfants n'est pas le seul à s'être reconstruit par le sport. Comme lui, d'autres "invincibles" parviennent à continuer à vivre et à agir, malgré les blessures de la guerre. Ancien combattant de la Garde nationale de 32 ans, Volodymyr était dit condamné, après une blessure à la tête, en 2019, dans le Donbass.

"La balle est entrée. Elle a transpercé l’hémisphère du cerveau, mais elle est restée sous la peau, elle s’est heurtée à mon casque", explique-t-il en montrant une modélisation 3D. Mais bien des années plus tard, le trentenaire réfute le terme de miraculé. Au contraire, Volodymyr a mis toute son énergie et des années de sa vie et de celle de ses proches à réapprendre les gestes les plus simples.

"Mon état était critique au début, j’étais considéré en état végétatif, j’étais cloué au lit", se rappelle-t-il, "chaque jour passé en rééducation a demandé un effort incroyable. Par exemple, pour ma femme, cela signifiait que, quotidiennement, en partant ou en revenant du travail, elle prenait chaque doigt de ma main pour les déplier et les replier, ensuite elle faisait la même chose pour les poignets, les coudes, les épaules, etc.. Ça nous a pris presque deux ans pour que je puisse simplement soulever mon bras."

Des efforts qui ont finalement payé. Quatre ans après sa terrible blessure, Volodymyr participera aux Jeux Invictus, une compétition multisports pour les vétérans de guerre blessés au combat, en septembre prochain à Düsseldorf. "C’est à toi de décider si tu gères la situation avec humour ou d’une toute autre manière… mais dans le second cas, tu t’enterres toi-même vivant..", assure-t-il, désormais plein d'espoir.


A. Lo.

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