VIDÉO - Japon : les inquiétants sacrifices de Ryuga, 11 ans et 130 kilos, pour devenir un jour sumotori

par Hamza HIZZIR | Reportage "Sept à Huit" Louis Olivier
Publié le 1 avril 2024 à 18h47

Source : Sept à huit

Au Japon, quelque 40.000 enfants pratiquent le sumo.
Leur rêve : accéder au légendaire statut de Yokozuna, pour être vénéré par la population.
"Sept à Huit" a suivi un jeune champion, mettant en péril sa santé pour assouvir sa passion.

"Avant, on me traitait souvent de gros lard à l’école, mais maintenant c’est fini", s'enorgueillit Ryuga dans la vidéo de "Sept à Huit" à regarder ci-dessus. Il fait partie des 40.000 enfants licenciés dans des clubs de sumo au Japon, où il se dit que ces lutteurs aux proportions démesurées descendent en droite ligne des dieux. Mais comme dans beaucoup de sports populaires, peu de ces jeunes gens finiront par accéder à la gloire et à l’argent d’une carrière professionnelle. En revanche, cette pratique sportive, contrairement à la plupart des autres, implique une importante prise de poids, dès le plus jeune âge pour les plus ambitieux. Ryuga pèse ainsi 130 kilos, à l’âge de 11 ans.

Pour devenir champion national de sa catégorie, l’enfant ingurgite chaque jour 5.000 calories en moyenne. Deux fois plus que les besoins nutritionnels d’un adulte. En un an et demi, il a pris 33 kilos, soit très précisément le poids qu’il est censé peser à son âge. Il porte des vêtements de taille 5XL et ne rentre même pas dans les pantalons de son père. Surtout, il ne parvient que très difficilement à marcher les 200 mètres qui séparent son domicile de son école, et transpire à très grosses gouttes après avoir monté l’escalier jusqu’à sa classe. 

Son statut de sumo en a fait une mascotte locale mais en cours de sport, son poids le handicape ostensiblement. Incapable de s’asseoir ni de faire les exercices d’assouplissement quand il faut s’échauffer, au bord de l’asphyxie et le nez en sang après deux petits tours de piste, on le voit ensuite suivre depuis le banc de touche le match de baseball disputé par ses petits camarades. "Je déteste ça, je n’aime que le sumo", lâche-t-il, le visage rougi par l'effort. Comment se sent-il ? "J’ai faim", nous répond-il. Une sensation perpétuelle pour celui que le rab quotidien à la cantine ne rassasie jamais.

Dans un pays où le taux d’obésité est le plus faible au monde, les parents de Ryuga dépensent en moyenne 900 euros par mois pour le nourrir. C’est un tiers de plus que ce que dépense un foyer japonais classique. On parle d’un caddie plein juste pour le repas du soir. Avant lequel l’enfant, en attendant… mange des chips. "Je ne l’ai jamais entendu dire qu’il n’avait pas faim", rigole sa mère, même pas inquiète en entendant les épais ronflements de sa progéniture quand elle s’endort.

"On a essayé de suivre au mieux les recommandations des nutritionnistes mais cela a fini par m’épuiser mentalement, reprend-elle. Je ne dis pas que j’ai laissé tomber, mais…" Elle ne finira pas cette phrase. Son père, qui a pris 30 kilos récemment "pour ne plus perdre contre Ryuga" quand il l’affronte, montre encore moins de scrupules : "Il a trouvé une chose pour laquelle il est doué. Ça lui a apporté de la confiance en lui et ça lui a permis de se faire plus facilement des amis."

Mais à quel prix ? De fait, comme tant d’autres jeunes pratiquants du sumo, l’enfant dépasse très largement le seuil d’obésité dite "massive". Son école a plusieurs fois alerté ses parents sur les dangers d’un tel surpoids. "Son corps doit supporter tout son poids. Ses jambes, ses genoux, toutes ses articulations peuvent être endommagées. Il y a aussi des risques de cancers et toutes les maladies associées à l’obésité comme l’hypertension artérielle", détaille l’infirmière scolaire. L’espérance de vie des sumos est de 65 ans : 15 ans de moins que la moyenne nationale. 

À 11 ans, Ryuga, de son propre aveu, "essaie de plier les combats le plus rapidement possible" parce qu’il "fatigue plus vite que les autres" lutteurs de son âge. Ne maîtrisant aucune des 300 feintes du sumo, parmi lesquelles un simple pas de côté, il mise tout sur sa puissance, c’est-à-dire son poids, pour l’emporter dans les premiers instants. Et ça marche, puisqu’on le voit finalement décrocher le titre tant convoité, à l'immense joie de ses parents… Mais dans la seconde partie du sujet, "Sept à Huit" rencontre aussi Yuto, 14 ans, qui gagnait tous ses matchs avant d'entrer au collège, exactement comme Ryyga. Et qui a terminé 67e du dernier championnat auquel il a participé.


Hamza HIZZIR | Reportage "Sept à Huit" Louis Olivier

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