VIDÉO - "Dehors, je faisais tache" : à la rencontre du "peuple taupe" des souterrains de Las Vegas

Publié le 16 avril 2024 à 11h47

Source : Sept à huit

À Las Vegas, loin des lumières des casinos et des palaces, des SDF squattent les tunnels.
C'est le cas de Chris et Nicky qui survivent en grappillant les miettes de ce temple de la consommation.

C'est la ville de la démesure, du vice et de l'argent roi. A Las Vegas, chaque année, 55 millions de visiteurs viennent dépenser plus de 42 milliards d'euros dans des palaces, des restaurants et des casinos. Mais sous les lumières du "strip", le boulevard qui traverse Sin City comme on la surnomme (ou la ville du péché en français), il existe un monde parallèle où de plus en plus de SDF survivent en grappillant les miettes de ce temple de la consommation. On les appelle le "peuple taupe". Chris, qui vit dans les tunnels depuis deux ans, en fait partie. "Dehors, j'en avais marre d'être emmerdé et qu'on me vole mes affaires en permanence", explique-t-il dans le reportage en tête de cet article. "Et puis ici personne ne me voit, tu comprends ? Dehors, j'avais l'impression de faire tache dans le décor", poursuit-il.

Dave Malone, à la tête d'une association d'aide aux sans-abri, s'enfonce une fois par semaine dans ces tunnels pour essayer d'apporter un peu de réconfort à ceux qui y vivent comme Chris. "Las Vegas est construite dans une vallée entourée de hautes montagnes et quand il pleut, il y a énormément d'inondations", souligne-t-il en montrant à ses pieds l'eau croupie des égouts. "On a donc construit 1000 kilomètres de tunnels, le but, c'est de canaliser ces pluies et empêcher les inondations, donc c'est pas vraiment un endroit où des êtres humains devraient habiter", déplore-t-il. 

Alors que trois ou quatre fois par an, des pluies diluviennes s’abattent sur la ville transformant les tunnels en torrents en l'espace de quelques minutes, les sans-abri qui ne sont pas sortis à temps se font emporter. Et se noient, malheureusement, pour certains. 

"Des fleurs, chaque jour passé dans les tunnels"

En dépit de ce risque, Nicky, 53 ans, a elle aussi fait le choix de quitter la rue pour les tunnels il y a trois ans et fait tout pour maintenir un semblant de vie normale. "Il faut faire attention à ne pas la gaspiller car ramener toutes ces bouteilles, c'est très lourd", explique-t-elle notamment au sujet de l'eau qu'elle arrive à se procurer pour divers usages du quotidien. "Soit on l'achète, soit on va en chercher dans les lavabos des toilettes publiques ou dans les fontaines des casinos. Évidemment, celle-là, on ne la boit pas, mais on peut l'utiliser pour se laver et faire la vaisselle", détaille-t-elle, en montrant son évier trouvé dans le désert. "C'est plus pour le décor, évidemment, il n'y a pas d'eau courante, mais je m'en sers pour faire mes lessives et ma vaisselle".

Au-dessus de sa tête, s'étend une œuvre qu'elle s'applique à actualiser au quotidien. "Ce sont des fleurs que je fais chaque jour passé dans les tunnels. Je rajoute un coquillage, ça fait passer le temps et ça continue même en dehors de la bâche", dit-elle.

Pour continuer à prendre soin d'elle et maintenir les apparences, elle a dédié une étagère à ses produits de beauté. "C'est une priorité. Quand je suis ici, je suis ici mais quand je sors, le monde d'ici n'existe plus pour moi. Je ne veux pas que les gens sachent que je suis à la rue. Je fais ce que je peux pour ne pas avoir l'air d'une SDF. Mais c'est ce que je suis", confie, émue, celle qui a honte d'entrer et de sortir chaque jour du tunnel. "Entre le moment où je quitte le tunnel jusqu'au moment où je mets le pied sur le trottoir, c'est le pire moment de ma journée parce qu'on peut me voir vraiment", explique la quinquagénaire. 

"Je supporte mal de me voir ici"

Avant cette vie de galère Nicky était secrétaire médicale en Arizona. Il y a quelques années, elle a démissionné pour reprendre ses études mais s'est faite expulser de son logement après un conflit avec le propriétaire. Elle a rencontré son compagnon avec qui elle est partie pour Las Vegas. Après avoir dormi un temps dans une voiture, ils ont dormi dans la rue avant de s'installer dans le tunnel. Handicapée depuis un accident dont elle a été victime il y a cinq ans, Nicky ne peut plus travailler. Elle touche une allocation de 850 € par mois, pas assez importante pour louer un appartement à Vegas. 

Surtout que James, son compagnon, est accro aux Jeux et joue avec son argent. "J'essaye d'y mettre un terme, je supporte mal de me voir ici à cause de ça", assure-t-elle. Et d'ajouter : "Parce que c'est la raison principale qui m'a conduite ici. Lui, il peut travailler et tenir, mais il choisit de ne pas le faire. Je l'aime, mais parfois l'amour ne suffit pas."

Quelques jours après le tournage de ce reportage, le couple s'est séparé et James est reparti en Arizona. Nicky espère enfin pouvoir mettre de l'argent de côté pour louer un appartement. Mais si elle arrive un jour à quitter son tunnel, elle sera vite remplacée. Et pour cause : Las Vegas fait face à un fléau qui ravage les États Unis les opioïdes, à savoir des drogues de synthèse à bas prix, très puissantes et addictives. Elles ont tué plus de 106.000 personnes l'an dernier dans le pays, une descente aux enfers pour des centaines de milliers de toxicomanes qui ont tout perdu. 


La rédaction de TF1

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