Ukraine : neuf mois de guerre

VIDÉO - Canon Caesar français : les secrets de fabrication d’une arme redoutable

Maxence Gevin | Reportage TF1 Esther Lefebvre, Antoine Pocry
Publié le 3 octobre 2022 à 22h05
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

La France a déjà livré 18 canons Caesar à l'Ukraine, et pourrait bientôt lui en fournir 6 exemplaires supplémentaires.
Exceptionnellement, une équipe de TF1 pu filmer à l'intérieur de l'usine où est fabriquée cette prouesse technologique française.

"Le système nous donne de l'avantage en terme de rapidité. L'ennemi n'a pas le temps de nous localiser et de nous viser", saluait, en juin dernier, un militaire ukrainien interrogé par TF1 sur les premiers canons Caesar livrés à son pays. Il faut dire que c'est l'une des armes les plus performantes de l'arsenal français. La monstrueuse bouche à feu de 155 millimètres, pilotée par cinq hommes, est capable de tirer six coups par minute et de viser une cible jusqu'à 40 km de distance. Les obus projetés pèsent la bagatelle de 40 kilos et sont capables de détruire un hectare de terrain lors de l'impact. 

Mieux, ce canon a pour particularité d'être monté sur un châssis tout-terrain, mobile et aérotransportable, ce qui lui confère une grande autonomie et une large flexibilité en termes de déplacement. Ce dispositif permet également d'éviter, en quelques secondes, tout tir de réplique.

Au coeur de l'usine qui les fabrique

Cette puissance de feu est conçue par le groupe industriel français Nexter, dans une cannonerie en plein centre-ville de Bourges (Cher). "On met une année, à peu près, pour faire un tube complet", indique Thomas, employé du site, à l'équipe de TF1 exceptionnellement autorisée à y pénétrer. "Ce tube fait un peu près 8 mètres, 8 mètres 50, et pèse trois tonnes", ajoute-t-il. Actuellement, il y a une quarantaine de canons à différents stades de production. Chaque tube d'acier passe de machine en machine pour être façonné, raboté, équipé. 

Le résultat est ensuite inspecté sous toutes les coutures par Olivier, spécialiste du "montage gros calibre" : "Là, on est à 2,9, impeccable". Système de mise à feu réglé au dixième de millimètre, culasse de canon bien étanche... l'à-peu-près n'a évidemment pas sa place dans la chaîne de production. "Il y a du monde derrière, des vies sont en jeu. Donc, on n'a pas le droit que l'artillerie tombe en panne. On essaie de faire comme si nous étions derrière, sur le pas de tir", martèle Olivier. 

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Le directeur des lieux accepte de dévoiler à TF1 l'un des secrets de fabrication. À l'intérieur de chaque canon figurent des rainures en spirale. Elles permettent de faire tournoyer l'obus sur lui-même, une technique ancestrale améliorée à l'extrême. "C'est comme la flèche d'un Indien où il y avait un empennage derrière, avec des petites plumes. Cela permettait de faire tourner la flèche pour la stabiliser, d'aller un petit peu plus loin et d'être un petit beaucoup plus précis sur sa trajectoire. C'est exactement le même principe", explique Laurent Monzauge. 

Capture TF1

En service depuis 2004, les Caesar français ont tiré plus de 100.000 obus et fumigènes lors d'opérations extérieures, notamment en Afghanistan, en Irak et au Sahel. Outre la cinquantaine de pièces dans le parc de l'armée française, 300 autres ont été vendues dans le monde (Maroc, Arabie-Saoudite, Thaïlande ou Indonésie et plus récemment Belgique, Danemark, République Tchèque et Lituanie). Le tout pour environ 5 millions d'euros chacun.

Si besoin, et en fonction de la situation, l'industriel se dit prêt à augmenter la cadence. En parallèle, sur le site se prépare déjà l'avenir du canon César avec une nouvelle machine flambant neuve. "Au lieu d'aller à 40 kilomètres, l'obus pourrait aller à 50 ou 60 kilomètres", met en avant le directeur. Parmi les leaders mondiaux, la France compte bien perpétuer son savoir-faire. 


Maxence Gevin | Reportage TF1 Esther Lefebvre, Antoine Pocry

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