Liz Truss, l'éphémère Première ministre britannique

Démission de Liz Truss : récit du mandat le plus court de l'histoire du Royaume-Uni

Sébastie Mastrandreas avec l'AFP
Publié le 20 octobre 2022 à 17h21
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Arrivée au pouvoir le 6 septembre, Liz Truss a démissionné ce jeudi 20 octobre.
La Première ministre britannique a plongé son pays dans un "chaos" politique et financier.
Retour en quatre actes sur le mandat le plus court de l'histoire du Royaume-Uni.

Un passage éclair au 10 Downing Street. À peine 44 jours après son entrée en fonctions, la Première ministre britannique Liz Truss a présenté sa démission, ce jeudi 20 octobre. Une annonce qui fait suite au "chaos" politique et financier - comme le qualifient les médias britanniques - dans lequel l'élue conservatrice a plongé son pays, en quelques semaines seulement. Retour en 4 actes, sur six semaines catastrophiques, qui marquent le mandat le plus court de l'histoire du Royaume-Uni.

Des débuts perturbés par la mort d'Elizabeth II

Liz Truss devient officiellement Première ministre, le 6 septembre, après avoir rencontré la reine Elizabeth II qui lui demande de former un nouveau gouvernement. Succédant à son mentor, Boris Johnson, celle qui a été élu avec une courte avance face à l'ex-ministre des Finances Rishi Sunak à la tête des conservateurs, promet d'être la nouvelle "Dame de Fer" du Royaume-Uni. 

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Dans un contexte d'inflation grandissante et de flambée des prix de l'énergie que traverse le pays, Liz Truss essaye d'enclencher au plus vite son programme de campagne, qui comprend un "plan audacieux" de baisse d'impôts, et de croissance. Dès le 8 septembre, elle annonce au Parlement un gel des prix pour les particuliers et les entreprises. Une annonce totalement éclipsée par le décès d'Elizabeth II, le lendemain. La vie politique s'arrête pour dix jours de deuil national.

Une politique économique qui sème la panique sur les marchés

Liz Truss doit donc attendre le 23 septembre pour reprendre la main sur l'actualité de son pays. C'est là qu'elle présente, avec son ministre des Finances Kwasi Kwarteng un "mini-budget" pour relancer la croissance. Ce plan, financé par la dette publique, consiste à baisser massivement les impôts, notamment pour les plus riches, et à augmenter les dépenses pour les aides aux ménages. Mais, en réaction, les marchés financiers s'affolent : le 26 septembre, la livre plonge à un niveau historique et les taux de la dette s'envolent, enfonçant le Royaume-Uni un peu dans la crise.

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Devant la panique financière, la Banque d'Angleterre intervient en urgence, le 28 septembre, sur le marché obligataire face à un "risque important pour la stabilité financière du Royaume-Uni". Le Fonds monétaire international  (FMI) s'en mêle, pointant une politique de réductions d'impôts "non ciblées", et alertant les autorités britanniques sur la nécessaire rigueur de la politique budgétaire en cette période inflationniste. 

Un fiasco qui propulse Liz Truss au plus bas dans l'opinion. Elle enchaîne des interventions décriées dans les médias pour défendre coûte que coûte sa politique. Fin septembre, l'institut de sondage YouGov annonce une avance de 33 points pour l'opposition travailliste, du jamais vu depuis la fin des années 1990, à deux ans des législatives.

Volte-face sur le mini-budget

Face à cette levée de boucliers, Liz Truss est forcée de revoir sa copie. Le 3 octobre, au sortir d'un congrès du parti conservateur, marqué par les dissensions, le gouvernement fait une première volte-face, et renonce à supprimer la tranche d'imposition à 45% pour les contribuables les plus aisés. Quelques jours plus tard, le 12 octobre, la Première ministre exclut devant les députés toutes réductions des dépenses publiques... tout en promettant de conserver les baisses d'impôts prévues. Une sortie qui augmente encore un peu plus les doutes sur sa politique.

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Un enchaînement d'événements qui conduit finalement à l'éviction de son ministre des  Finances, le 14 octobre. Il est remplacé par Jeremy Hunt. Dans la foulée, Liz Truss convoque une conférence de presse - qui dure 8 minutes - où elle répète mécaniquement qu'elle veut accomplir sa mission. Elle y annonce un nouveau revirement, renonçant à maintenir à 19% l'impôt sur les sociétés qui augmentera à 25% comme prévu par le gouvernement précédent. Finalement, le 17 octobre, Jeremy Hunt annonce l'annulation du programme économique de Liz Truss dans sa quasi-totalité. 

Une démission inévitable

Lors de l'annonce de l'annulation du mini-budget, Liz Truss se fait représenter au Parlement pour répondre aux questions de l'opposition. Une absence qui ne passe pas, alors que les députés crient à sa démission. Le soir-même, sur la BBC, la Première ministre reconnaît des erreurs. Elle se dit "désolée", mais exclut de démissionner, évoquant "l'intérêt national". Une position qu'elle maintient jusqu'à la veille de sa démission, le 19 octobre : huée au Parlement lors de la séance hebdomadaire de questions au gouvernement, Liz Truss affirme "je suis une battante, je ne démissionne pas". 

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Peu après, ces propos sont suivis par la démission de la ministre de l'Intérieur Suella Braverman. Cette dernière explique avoir envoyé de sa boîte email privée, à un collègue du Parlement, un document officiel sur la politique migratoire. "J'ai fait une erreur. Je l'accepte, je démissionne" écrit-elle dans sa lettre de départ. Elle en profite pour tacler ouvertement Liz Truss et ses revirements en matière économique. En parallèle, la tension monte d'un cran au Parlement, à propos d'un vote mal expliqué sur la fracturation hydraulique, dont le gouvernement voulait faire un test de loyauté. 

Finalement, ce jeudi 20 octobre, c'est au cours d'une très brève annonce devant le 10 Downing Street que Liz Truss annonce sa démission, ne pouvant pas "mener le mandat" pour lequel elle avait été élue.


Sébastie Mastrandreas avec l'AFP

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