Des échauffourées ont éclaté mercredi entre des milliers de manifestants et la police dans une petite ville de l'Oural.
En cause ? La condamnation d'un opposant régional, critique de l'assaut en Ukraine.
Un événement rare en Russie.

Des scènes rarissimes en Russie. Et un camouflet infligé à l'autoritarisme de Vladimir Poutine. Des milliers de manifestants ont osé défier la police à Baïmak, une petite ville du Bachkortostan. Une région de l'Oural particulièrement stratégique pour Moscou, mais désormais sous tension après la condamnation d'un opposant ayant osé critiquer l'invasion en Ukraine.

Quelque 6000 personnes se sont réunies pour manifester devant le tribunal où était jugé le militant Faïl Alsynov, selon l'ONG spécialisée OVD-Info, une organisation classée "agent de l'étranger" par l'État russe. Massif, ce rassemblement aurait pu se dérouler à l'abri des regards si des vidéos n'avaient pas été relayées sur les réseaux sociaux : comme le montrent les images en tête de cet article, on peut voir une foule de personnes chaudement vêtues jeter des boules de neige par -20°C sur des policiers munis de boucliers quand d'autres scandant : "Honte !" Des images ont également montré des manifestants s'essuyant les yeux après l'utilisation du gaz lacrymogène par les forces de l'ordre dans cette ville de quelque 17.000 habitants située non loin du Kazakhstan voisin.

"Des dizaines de personnes blessées"

Selon OVD-Info, "des dizaines de personnes ont été blessées" et l'accès à l'internet mobile est "presque" totalement coupé sur place. Devant la diffusion des images, le Comité d'enquête de Russie est sorti de son silence, faisant état de blessés après ces heurts, dont des policiers. Une enquête a été ouverte pour organisation d'"émeutes de masse" et violences contre la police, les premières depuis début 2022 et le début de la guerre en Ukraine. 

Cette explosion de colère dans la rue, rarissime en Russie, est liée à la situation de Faïl Alsynov. Ce militant de 37 ans, qui lutte notamment contre l'exploitation des ressources énergétiques au Bachkortostan, a été condamné ce mercredi à quatre ans de prison pour "incitation à la haine". C'est ce jugement, rendu à huis clos, qui a conduit des milliers de ses partisans à manifester devant le tribunal. Les faits remontent à l'année dernière : dans un discours contre l'exploitation de mines d'or, Faïl Alsynov avait utilisé deux mots en bachkir, la langue locale, qualifiés de racistes par les autorités. Le militant affirme depuis que ses propos ont été mal traduits en russe.

La cause défendue par Faïl Alsynov – l'exploitation des ressources du Bachkortostan – illustre l'importance de cette région de quatre millions de personnes pour le pouvoir central de Moscou. Située entre la Volga et les Monts Oural, il s'agit de l'une des plus riches de Russie. Gaz naturel, mines et carrières de pierre… ses réserves sont un atout pour l'économie du pays. En particulier le pétrole : avec environ 25 millions de tonnes produites chaque année, la région produit plus de pétrole qu'aucune autre république de Russie.

Autre atout local : sa jeunesse, enrôlée en masse par Moscou pour aller combattre en Ukraine. "L'armée est un des seuls ascenseurs sociaux" dans ces territoires, a rappelé ce mercredi sur LCI Didier François. Selon ce spécialiste des questions de défense, "le taux de perte est monstrueux" au sein de ces populations issues de "républiques très pauvres". Or, "c'est sur elles que repose l'effort de guerre."


Thomas GUIEN

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