Introuvable depuis sa rébellion avortée : où est Prigojine ?

par Maëlane LOAËC (avec AFP)
Publié le 6 juillet 2023 à 21h42

Source : TF1 Info

Suite au soulèvement manqué d'Evguéni Prigojine, qui a défié le pouvoir russe le 24 juin, un accord prévoyait que le chef de Wagner soit accueilli en Biélorussie.
Mais il serait finalement "en liberté" en Russie où il ne craindrait pas pour sa vie, a assuré jeudi le président biélorusse.
Un nouveau rebondissement dans ce feuilleton qui court depuis près de deux semaines.

Depuis son coup de force avorté, tous les yeux sont rivés sur lui. Le patron du groupe paramilitaire Wagner, Evguéni Prigojine, devait se diriger vers la Biélorussie, comme le prévoyait un accord passé le 24 juin dernier, après sa tentative de rébellion armée contre le pouvoir russe, sur fond de conflit en Ukraine. Mais depuis, sa localisation exacte demeure inconnue et l'homme reste silencieux depuis le 26 juin. Selon le président biélorusse Alexandre Loukachenko, il se trouverait finalement toujours "en liberté" en Russie. "Concernant Prigojine, il est à Saint-Pétersbourg. Où est-il ce matin ? Peut-être parti à Moscou, ou ailleurs, mais il n'est pas sur le territoire biélorusse", a déclaré ce jeudi cet allié de la Russie, lors d'une conférence de presse. 

"Je sais de façon certaine qu'il est en liberté"

Le chef d'État biélorusse s'était en effet posé en médiateur entre le Kremlin et le patron de Wagner, assurant avoir permis de négocier un accord entre les deux partis pour mettre fin à la crise provoquée par la mutinerie initiée par le groupe paramilitaire le 24 juin dernier. Trois jours plus tard, Alexandre Loukachenko affirmait que le chef des mercenaires pro-russes se trouvait bien dans son pays, sans toutefois présenter de vidéos ou de photos pour appuyer ses dires. Plus d'une semaine plus tard, il assure cette fois qu'Evguéni Prigojine serait finalement de retour en Russie. "Je sais de façon certaine qu'il est en liberté", a insisté le dirigeant biélorusse ce jeudi. Il a aussi indiqué avoir eu "hier" une conversation téléphonique avec le chef du groupe paramilitaire, qui lui aurait annoncé qu'il allait continuer à travailler pour la Russie, toujours sans apporter de preuves à toutes ces affirmations.

"Que va-t-il se passer ensuite avec lui ? Vous pensez que Poutine est rancunier et va le buter demain ? Non, ça n'aura pas lieu", a ajouté le président biélorusse. Selon lui, les combattants de Wagner se trouvent, eux aussi, "dans leurs camps" et non en Biélorussie, "pour le moment". Il a toutefois précisé qu'il était toujours prêt à les accueillir dans son pays "pour se reposer ou s'entraîner", et que "s'il est nécessaire d'employer cette unité pour défendre le gouvernement (biélorusse), ce sera fait immédiatement dans n'importe quel secteur". "Je ne pense pas que Wagner se révoltera et retournera ses armes contre l'État biélorusse", a encore assuré Alexandre Loukachenko.

Du côté de la Russie, aucune information ne filtre. Interrogé sur les affirmations de l'allié biélorusse, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a répondu que Moscou "ne suit pas les mouvements" du patron de Wagner. "Nous n'avons ni la possibilité ni l'envie de le faire", a-t-il insisté, tout en soulignant que l'accord prévoyant son départ en Biélorussie "reste d'actualité", relaie The Guardian. Moscou, qui a abandonné les poursuites contre le chef de la milice, semble pourtant loin de le perdre de vue, allant même jusqu'à chercher à le discréditer aux yeux de l'opinion. Des médias russes ont diffusé mercredi des images de sa demeure fastueuse, qui auraient fuité lors d'une perquisition après sa tentative de coup de force. 

Des aller-retours en jet entre Moscou et Saint-Pétersbourg

Près de deux semaines après la mutinerie avortée des hommes de Wagner, le mystère reste donc opaque autour de la localisation de leur patron. Seul maigre indice : les déplacements de l'avion Embraer Legacy 600, enregistré au numéro RA-02795, qui serait le jet personnel d'Evguéni Prigojine selon l'Office of Foreign Assets Control (OFAC), un organisme du Trésor américain qui administre ses sanctions. D'après le site de pistage des vols Flightradar24, le jet aurait réalisé plusieurs aller-retours entre Moscou et Saint-Pétersbourg au cours des sept derniers jours. "Il ne semble pas que Prigojine craigne pour sa vie. Il n'agit pas comme un homme en fuite", a même déclaré un ancien haut fonctionnaire de la défense russe, sous couvert d'anonymat, au Guardian. Mais rien ne garantit que le chef de la milice était bien à bord de l'avion. 

Les modalités de l'accord trouvé après la rébellion avortée restent elles-mêmes entourées d'un grand flou. Des tractations pourraient même être toujours en cours entre le Kremlin et Evguéni Prigojine, selon le correspondant de LCI à Moscou. La lumière pourrait être faite dans les jours à venir sur le sort du patron des mercenaires, puisque Alexandre Loukachenko a annoncé qu'il allait rencontrer prochainement son homologue russe Vladimir Poutine. 

De son côté, le service de presse du chef de Wagner s'en tient à un silence radio depuis le 26 juin dernier. Evguéni Prigojine avait alors tenté de minimiser la portée de son coup de force, assurant que son soulèvement ne visait pas à renverser le pouvoir, mais à sauver son groupe d'un démantèlement par l'état-major russe, ses dernières déclarations publiques à ce jour.


Maëlane LOAËC (avec AFP)

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