Ukraine : onze mois de guerre

Russie : un présentateur de RT appelle à "brûler" des enfants ukrainiens et se fait virer

Maëlane Loaëc (avec AFP)
Publié le 24 octobre 2022 à 17h58
JT Perso

Source : TF1 Info

Anton Krassovski a exhorté ce week-end à "jeter" dans une rivière ou "brûler" des enfants ukrainiens qui auraient vu Moscou comme un occupant à l'époque de l'URSS.
Il a été renvoyé par la patronne de RT, qui a dénoncé des propos "sauvages" et "dégoûtants".
Le présentateur s'était pourtant montré critique par le passé face au Kremlin.

En quelques mots, il a franchi la ligne rouge. Un présentateur de la chaîne télévisée Russia Today (RT) en Russie, Anton Krassovski, a été démis de ses fonctions pour avoir appelé ce week-end à "brûler" les enfants ukrainiens qui considéraient Moscou comme un occupant au temps de l'URSS. L'homme de 47 ans avait exhorté à "jeter" ces enfants "directement dans une rivière avec un courant fort" ou les "brûler dans une hutte", suscitant la colère de sa direction.

L'émission avait pourtant été préenregistrée et modifiée avant diffusion, signale The Guardian. Il répondait à une anecdote rapportée par un invité sur son plateau, qui lui racontait son voyage en Ukraine du temps de l'URSS dans les années 1980 et le sentiment de certains jeunes Ukrainiens de "souffrir de l'occupation" russe. 

"Mettre en garde ceux qui appellent aux atrocités"

Des propos très mal accueillis par la direction du média d'État russe. La patronne de RT en Russie, Margarita Simonian, a rapidement condamné ces propos dans la nuit de dimanche à lundi, les jugeant "sauvages" et "dégoûtants". "Pour l'instant, j'arrête notre collaboration", a-t-elle affirmé dans un communiqué sur Telegram. Lundi matin, elle a dit vouloir "mettre en garde ceux qui appellent aux atrocités". "Il n'y a pas à faire cela", a-t-elle assuré.

RT avait déjà, par le passé, donné la parole à des commentateurs qui ont nié l'existence de la culture ukrainienne ou appelé à l'annexion totale du pays par la Russie, comme le souligne The Guardian. Dès les premiers jours de la guerre, fin février dernier, la chaîne de télévision avait même été bannie de l'Union Européenne aux côtés d'un autre média d'État russe, Sputnik, tous deux accusés par Bruxelles de diffuser des "mensonges" sur le conflit à la faveur du Kremlin. Pour autant, ces violentes exhortations d'Anton Krassovski ont suscité l'embarras au sein de la chaîne. 

Lire aussi

De son côté, le journaliste s'est excusé sur les réseaux sociaux, se disant "vraiment gêné". Avant d'ajouter : "Je m'excuse auprès de tous ceux qui ont été stupéfaits par cela" et qui ont trouvé ces propos "sauvages, impensables". "Vous êtes au milieu d'une émission, et vous vous laissez emporter. Et vous ne pouvez pas vous arrêter... J'espère que vous me pardonnerez", a-t-il tenté de se justifier. Le Comité d'enquête russe, en charge des principales investigations dans le pays, a indiqué lundi avoir exigé "un rapport" sur cet incident, à la suite d'un signalement d'un téléspectateur.

Le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, avait lui appelé dimanche sur Twitter à "bannir RT dans le monde" qualifiant l'intervention d'Anton Krassovski d'"incitation agressive au génocide (...), qui n'a rien à voir avec la liberté d'expression".

Virage à 180 degrés

Le présentateur avait été nommé par Margarita Simonian elle-même en 2020 pour diriger la diffusion en langue russe de la chaîne. La directrice de RT s'employait alors à embaucher des journalistes qui s'étaient déjà montrés critiques face à la politique du Kremlin : lui-même homosexuel, Anton Krassovski s'était opposé aux lois anti-gay adoptées par le gouvernement russe au début des années 2010, note The Guardian. En 2018, il était même le premier candidat ouvertement homosexuel à se présenter aux élections municipales de Moscou en Russie, comme le rapporte France info

Mais dès 2021, officiant toujours pour RT, il avait appelé à ce que les Russes qui descendaient dans la rue à Saint-Pétersbourg pour protester contre le gouvernement soient ligotés et noyés dans un canal. Plus récemment, il s'était déjà attaqué verbalement aux Ukrainiens, depuis le début de l'offensive russe chez son voisin. Fin mars, il avait affirmé dans une vidéo sur YouTube vouloir "détruire leur Constitution", assurant également que l'Ukraine "ne devrait pas exister".


Maëlane Loaëc (avec AFP)

Tout
TF1 Info