Jimmy Chérizier, dit "Barbecue", est devenu le plus puissant chef de gang en Haïti, pays plongé ces derniers mois dans le chaos.
Cet ancien policier à la réputation sanguinaire est impliqué dans de nombreux massacres.
Sans démission de l'actuel Premier ministre haïtien Ariel Henry, "Barbecue" promet que le pays ira "tout droit vers une guerre civile qui conduira à un génocide".

Son surnom donne une idée du personnage. "Barbecue", de son vrai nom Jimmy Chérizier, est devenu le chef de gang le plus puissant d'Haïti. Ces derniers mois, alors que le pays est plongé dans une crise sécuritaire, économique et humanitaire d'ampleur à cause de la mainmise des bandes armées sur de nombreuses régions, il dirige depuis 2020 la "famille G9", une coalition de plusieurs gangs qui sèment la terreur dans le territoire caribéen. 

Sa nouvelle ambition ? Obtenir la démission de l'actuel Premier ministre haïtien, Ariel Henry. Dans le cas inverse, il promet que le pays ira "tout droit vers une guerre civile qui conduira à un génocide". Aujourd'hui chef de gang, cet Haïtien de 46 ans vient en fait du camp opposé : celui de la police. Durant 15 ans, son métier consistait à lutter contre les groupes mafieux qui gangrènent de longue date l'État caribéen, qui ne s'est jamais vraiment relevé des conséquences du séisme de 2010, responsable de 280.000 morts selon l'ONU. 

Impliqué dans plusieurs massacres de civils

Alors policier, "Barbecue" utilisait déjà l'ultra-violence. Son implication est avérée dans plusieurs tueries de civils, dont le terrible massacre de La Saline, en 2018, où 73 personnes furent tuées. Dans le même temps, tandis qu'il est censé les combattre, il préfère se rapprocher de certaines factions criminelles. Il entreprend alors de rapprocher les intérêts de certains de ces groupes illégaux de ceux des milieux politiques, à commencer par les responsables de l'administration du président Jovenel Moïse, élu en 2016, puis assassiné en 2021 et jamais remplacé depuis. Selon l'ONG InSIght Crime, avant la mort de ce dernier, la moitié des fonds finançant la coalition G9 provenait du gouvernement.

Depuis, Jimmy Chérizier et ses hommes, qui sont plus d'un millier, ont continué d'accaparer de larges bandes du territoire haïtien, recourant aux meurtres, viols et enlèvements pour affermir leur pouvoir. Ils contrôleraient aujourd'hui 80% de la zone de la capitale Port-au-Prince, où "Barbecue" a commis plusieurs de ses pires exactions ces dernières années. Son pseudonyme vient d'ailleurs de sa réputation sanguinaire. "C'est un gangster, un mafieux, qui a l'habitude de faire rôtir ses ennemis avec un pneu de voiture enflammé autour du cou", explique Xavier de Giacomoni, éditorialiste international de LCI.

Sanctionné par l'ONU

Depuis 2022, "Barbecue" est placé sous un régime de sanctions internationales par l'ONU pour l'ensemble de ses crimes. Ce qui ne l'empêche pas de se positionner désormais comme une véritable personnalité politique. "Nous devons nous unir, a-t-il déclaré mardi lors d'une conférence de presse. Soit Haïti devient un paradis pour nous tous, soit un enfer pour nous tous. (...) Il n'est pas question qu'un petit groupe de riches vivant dans de grands hôtels décide du sort des habitants des quartiers populaires."

Ces derniers jours, les gangs ont fait s'évader plusieurs milliers de détenus des prisons haïtiennes, contribuant un peu plus au chaos. Au moins dix bâtiments de la police ont aussi été attaqués. Ce jeudi, une nouvelle antenne a été incendiée dans un quartier de Port-au-Prince. 

Le Premier ministre Ariel Henry, lui, est toujours bloqué à Porto Rico, dans l'attente de pouvoir revenir en sécurité en Haïti. Le dirigeant s'était rendu un peu plus tôt au Kenya pour y signer un accord permettant au pays africain de lui envoyer des policiers en renfort.


Theodore AZOUZE

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