Iran : la révolte du voile

VIDÉO - Soutien aux femmes d'Iran : une députée européenne se coupe les cheveux dans l'hémicycle

Maëlane Loaëc
Publié le 5 octobre 2022 à 9h51
JT Perso

Source : TF1 Info

La députée suédoise Abir Al-Sahlani a tenu mardi un vibrant discours au Parlement européen, à Strasbourg.
Appelant l'UE à adopter un ton bien plus ferme face au régime iranien, elle s'est ensuite coupée les cheveux pour manifester son soutien aux femmes iraniennes.
"C'est le moment de s'exprimer, c'est le moment d'agir", a-t-elle tonné.

Sur les réseaux sociaux, les vidéos ont essaimé par dizaines : de nombreuses femmes iraniennes, ciseaux à la main, coupent leurs cheveux en signe de protestation suite à la mort de Mahsa Amini, 22 ans, décédée trois jours après avoir été arrêtée par la police des mœurs iraniennes, qui contrôle notamment le port du voile. Ce geste hautement symbolique a été repris mardi à la tribune du Parlement européen, à Strasbourg, par une députée suédoise qui a fustigé la violente répression du gouvernement iranien et accusé Téhéran de "crimes" contre "ses propres citoyens"

Alors qu'au moins 92 personnes ont été tuées en Iran depuis le 16 septembre, selon l'ONG Iran Human Rights, Abir Al-Sahlani, membre du parti suédois de centre Renew, a estimé que les Iraniennes "paient le prix ultime pour la liberté : leurs vies". Avant de s'en prendre directement, à la tribune, au chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell. "Un courage que vous n'avez pas eu, Monsieur Borrell, lorsque vous n'avez pas saisi l'occasion de l'Assemblée générale des Nations unies pour défendre les femmes iraniennes", s'est-elle emportée dans la vidéo en tête d'article, appelant à "l'arrêt immédiat et sans conditions de toutes les violences envers les femmes et les hommes en Iran"

"La voix des femmes iraniennes est entendue jusqu'ici"

"Assez des communiqués de presse, assez des murmures. C'est le moment de s'exprimer, c'est le moment d'agir", a poursuivi la parlementaire, entrée dans l'Hémicycle européen en 2019. La voix teintée de colère, elle a ensuite empoigné des ciseaux et a commencé à couper ses cheveux rassemblés en un chignon. "Tant que l'Iran ne sera pas libre, notre fureur sera plus grande que celle des oppresseurs. Tant que les femmes iraniennes ne seront pas libres, nous resterons à vos côtés", s'est-elle exclamée, avant de brandir une poignée de cheveux en criant "femmes, vie, liberté", le slogan des protestataires, en Farsi puis en anglais.

"J'en ai vraiment marre de ces vieux qui chuchotent, surtout quand il s'agit des droits des femmes. Je l'ai fait pour montrer que la voix des femmes iraniennes est entendue jusqu'ici", a-t-elle expliqué peu après dans une interview au journal suédois Aftonbladet. Abir Al-Sahlani a également précisé qu'en Iran, une tradition "vieille de plusieurs milliers d'années" veut que les femmes se coupent les cheveux lorsqu'elles sont en colère ou en deuil. Originaire d'Irak, voisin de l'Iran, la députée a raconté s'être elle-même rasée la tête dans sa jeunesse en signe de révolte. 

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Juste après ce geste, "beaucoup de personnes sont venues me serrer dans leurs bras", a-t-elle ajouté. Quant à Josep Borrell, "il s'est assis et est resté bouche bée, littéralement", a affirmé la députée européenne. Son appel semble toutefois avoir été entendu, puisque le même jour, le chef de la diplomatie de l'UE a annoncé que les 27 allaient examiner des "mesures restrictives" pour sanctionner le "meurtre de Mahsa Amini", "son assassinat", et la réponse des forces de sécurité "disproportionnée" face aux manifestations, qui "a provoqué la perte de dizaines de vies humaines et des arrestations".

De son côté, la France avait auparavant indiqué travailler au sein de l'UE en vue de geler des avoirs et d'interdire à des responsables iraniens de voyager. L'UE avait mis en place des mesures restrictives pour sanctionner les violations graves des droits de l'homme en Iran le 12 avril 2011. Des mesures supplémentaires avaient été ajoutées le 23 mars 2012, et sont en vigueur jusqu'en 2023. Un nouveau train de sanctions pourrait être préparé pour la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE le 17 octobre, emboîtant ainsi le pas à Washington qui vient d'annoncer de nouvelles sanctions. Mais l'unanimité est nécessaire pour son adoption.


Maëlane Loaëc

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