Élection à Taïwan, la Chine en embuscade : les clefs pour comprendre un scrutin dont les enjeux dépassent la petite île

Publié le 12 janvier 2024 à 12h51, mis à jour le 13 janvier 2024 à 10h50

Source : TF1 Info

Les électeurs de Taïwan ont voté ce samedi pour élire leur nouveau président.
Un scrutin crucial pour la stabilité de la région.
La Chine, qui revendique la souveraineté de l'île, tente d'influencer le verdict des urnes.
Une attitude qui ne passe guère auprès de Washington, premier soutien militaire de Taipei.

Une élection aux répercussions internationales. Taïwan a voté samedi pour choisir son nouveau président. Avec, en creux, une question subsidiaire pour ses habitants : faut-il plus ou moins d'indépendance vis-à-vis de Pékin ? C'est en effet l'enjeu principal du scrutin. Ce dernier est suivi de près par Pékin, qui revendique Taïwan comme une de ses provinces. Mais aussi par Washington, principal soutien et fournisseur d'armes de l'île. 

Un modèle de démocratie en Asie

Le territoire de 23 millions d'habitants, situé à seulement 180 kilomètres des côtes chinoises, est considéré comme un modèle de démocratie en Asie. Notamment sous l'impulsion de sa jeunesse, qui se méfie du grand voisin autoritaire que représente la Chine. Les réseaux sociaux pullulent ainsi de messages soutenant le mouvement prodémocratie de Hong Kong, l'indépendance de Taïwan, ou dénonçant les violations chinoises des droits de l'homme au Tibet ou au Xinjiang. 

Samedi, les électeurs auront le choix entre trois hommes : Lai Ching-te, du Parti démocrate progressiste (DPP) de la présidente sortante Tsai Ing-wen, Hou Yu-ih, du principal parti d'opposition Kuomintang (KMT) et Ko Wen-je, du Parti populaire de Taïwan (PPT). Le favori des sondages est Lai Ching-te, dont le parti clame que Taïwan est déjà un Etat indépendant de facto, à l'inverse du KMT, principal parti d'opposition, qui prône un rapprochement avec la Chine.

Un contexte géopolitique électrique

Le contexte géopolitique de la région a significativement évolué depuis la réélection en 2020 de Tsai Ing-wen pour un second mandat. Concrètement, la Chine craint qu'une administration DPP réélue sous l'égide de Lai ne se prononce en faveur de l'indépendance formelle de Taïwan. Pékin a donc accentué sa pression diplomatique et militaire sur l'île : depuis décembre, une vingtaine de mystérieux ballons ont franchi le détroit de Taïwan qui sépare l'île de la Chine continentale, selon le ministère de la Défense taïwanais, qui y voit un harcèlement dit de "zone grise" destiné à "affecter le moral de notre peuple". Des avions et six navires de guerre ont également été repérés.

Une rivalité historique avec la Chine…

Pour comprendre le divorce entre Pékin de Taipei, il faut remonter au temps de la guerre civile chinoise. Cette dernière éclate en 1927 entre les forces nationalistes du Kuomintang (KMT) et des groupes de combattants soutenant le Parti communiste. En 1949, défait par les communistes de Mao Tsé-toung, le chef du KMT, Tchang Kaï-chek, se replie dans l'île de Taïwan encore sous son contrôle. De là naissent deux approches encore aujourd'hui incompatibles : les nationalistes continuent à se considérer comme le gouvernement légitime de toute la Chine. Tout comme la République populaire de Chine continue à considérer Taïwan comme une partie de son territoire à réunifier un jour ou l'autre, de force si nécessaire.

Dans les années 1990, la démocratie se consolide dans l'île, qui consolide au fil des ans une identité distincte de celle du continent. Taïwan lève l'état d'urgence en 1991, mettant fin de facto à l'état de guerre avec la "rébellion communiste", donc avec Pékin. S'amorce alors un lent rapprochement. Las, les relations s'enveniment à nouveau en 2016 avec l'élection de la présidente Tsai Ing-wen, favorable à une déclaration formelle d'indépendance de l'île, une "ligne rouge" pour Pékin.

… et le soutien indéfectible de Washington

Si le fossé n'a cessé de se creuser avec Pékin, les liens avec les États-Unis, eux, n'ont cessé de croitre. Et ce, à partir de 1950, quand Taïwan devient un allié des Américains en guerre contre la Chine en Corée. Malgré un brusque changement de ton en 1979, quand Washington rompt ses relations avec Taipei et reconnaît la République populaire de Chine, les États-Unis continuent à apporter un soutien décisif à Taipei. En vertu d'une loi adoptée par le Congrès, des armes sont vendues en masse pour que l'île puisse assurer sa défense face à la puissante Armée populaire de libération chinoise.

Officiellement, Washington ne reconnaît pas Taïwan. Mais dans les faits, Taïwan jouit de tous les avantages d'une pleine relation diplomatique avec les États-Unis. Ces derniers n'ont pas d'ambassade à Taipei, mais un "Institut américain" en fait office. Aux États-Unis, le "Bureau de représentation économique et culturel de Taipei" est également une ambassade qui ne dit pas son nom.

Si les États-Unis sont parvenus à marcher sur un fil durant des années en s'abstenant de dire s'ils interviendraient ou non militairement pour défendre Taïwan en cas d'invasion, l'arrivée au pouvoir du président Xi Jinping a ravivé les tensions. En particulier en 2022, quand Nancy Pelosi, patronne de la Chambre de représentants, visite l'île dans le cadre d'une tournée asiatique. 

Furieux, Pékin déclenche en représailles des manœuvres militaires de grande ampleur. Taïwan est encerclée le 4 août, et des tirs de missiles pendant une semaine. 


Thomas GUIEN

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