Interview

Tensions Iran-Pakistan, un embrasement possible ? Un spécialiste nous explique

Publié le 19 janvier 2024 à 11h20

Source : JT 20h WE

L'Iran et le Pakistan ont mené cette semaine des attaques réciproques, ayant fait au moins onze morts.
Faut-il y craindre un conflit dans une région déjà sous forte tension ?
Karim Pazkad, chercheur associé à l'Iris, nous éclaire.

La tension monte entre l'Iran et le Pakistan. Deux jours après une attaque iranienne sur son territoire qui a fait deux morts, le Pakistan a annoncé jeudi 18 janvier avoir mené dans la nuit des "frappes contre des caches terroristes" en Iran, qui ont fait neuf morts, selon la télévision publique iranienne. Une brusque aggravation des frictions entre les deux voisins, au moment où, un peu plus à l'ouest, la région est déjà sous forte tension en raison de la guerre entre Israël et le Hamas.

Ces attaques ont d'ores et déjà eu un écho international. "Elles sont une source de vive inquiétude, car elles violent la souveraineté et l'intégrité territoriale des pays", s'est alarmé Peter Stano, porte-parole de la diplomatie européenne. La Russie a appelé les deux pays à "la plus grande retenue", tandis que la Chine dit "espérer que les deux parties pourront faire preuve de calme". Ce conflit peut-il virer à la guerre ouverte ? Qui peut jouer les intermédiaires pour éviter l'escalade ? Karim Pakzad, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste du Pakistan et de l'Iran, répond à TF1info.

La situation entre l'Iran et le Pakistan peut-elle virer à la guerre ouverte ?

Karim Pakzad : Non, je ne pense pas. Il existe des relations historiques entre ces deux voisins qui coexistent depuis plusieurs décennies. Cela se passe de manière assez correcte, même s'il ne s'agit pas une franche amitié. Ce n'est pas la première fois que l'Iran intervient contre l'organisation terroriste Jaish al-Adl, dont le quartier général se situe au Pakistan. Par le passé, l'Iran a déjà attaqué des bases, et a même envoyé des commandos il y a quelques mois pour attraper des dirigeants.

Cette affaire s'arrêtera probablement là
Karim Pakzad

Pourquoi le Pakistan a-t-il cette fois riposté ?

Le Pakistan se trouve dans une situation intérieure extrêmement délicate. Des élections législatives anticipées auront lieu le 8 février. Elles seront cruciales : une manœuvre politicienne au sein du Parlement a interdit à l'ancien Premier ministre Imran Khan d'y participer (il est actuellement en détention). Or, Imran Khan est la personnalité la plus populaire du Pakistan. La coalition provisoirement au pouvoir, dirigée par le Premier ministre Anwaar-ul-Haq Kakar, a donc décidé qu'il était l'occasion de riposter. Pour elle, ne pas répondre aurait été un déshonneur, à moins d'un mois des élections. Elle souhaitait laver l'affront.

Cela constitue tout de même un nouveau point chaud dans cette région, après la guerre entre Israël et le Hamas…

C'est une habitude dans cette partie du monde. Mais c'est la riposte pakistanaise, plus que l'attaque iranienne, qui a surpris tout le monde. Cette partie de la frontière entre l'Afghanistan, le Pakistan et l'Iran est très difficile d'accès. C'est là que passent les contrebandes, notamment les trafiquants de drogue. Il y a déjà eu des affrontements par le passé. La sécurité dans cette région n'est pas vraiment assurée, par aucun pays. Cela permet à différentes organisations de s'implanter dans les villages.

Au niveau international, quels pays peuvent apaiser les tensions ? Qui y aurait intérêt ?

Pour la première fois, l'Occident, la Chine et la Russie ont réagi. La Chine a annoncé qu'elle était disposée à faire en sorte que tout cela soit réglé. Elle a de l'influence au Pakistan, même si le pays est proche des États-Unis, et possède de très bonnes relations avec l'Iran. Je pense donc que cette affaire s'arrêtera probablement là. Les Iraniens n'ont jamais eu de difficultés avec le Pakistan depuis des décennies. Cela n'ira pas plus loin.


Idèr NABILI

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