C'est elle qui était à l'initiative de la vaste opération pour lutter contre la criminalité organisée liée au narcotrafic.
Depuis, Diana Salazar porte un gilet pare-balles en permanence et est protégée par un solide service de sécurité.

"La réponse à cette opération sera certainement une escalade de la violence". La procureure générale équatorienne, Diana Salazar, avait prédit ce qu’il allait se passer. C’est elle qui est à l'origine de la vaste opération "Metastasis", qui a abouti en décembre à l'arrestation d'une trentaine de personnes, dont des juges et des procureurs, soupçonnés d'être impliqués dans la criminalité organisée liée au narcotrafic. L'affaire est "une radiographie claire de la manière dont le trafic de drogue s'est emparé des institutions de l'État", avait-elle dit à l'époque, la qualifiant de "plus grande (opération) de l'histoire contre la corruption et le trafic de drogue" dans le pays. 

Au total, 31 personnes, dont des juges et des procureurs, mais aussi des responsables pénitentiaires et des policiers, ont été arrêtés au cours de 75 raids simultanés dans le cadre de cette enquête ouverte après l'assassinat en 2022 en prison du narco Leandro Norero. Parmi elles, Wilman Teran, le président du Conseil judiciaire, un organisme qui s'occupe des affaires en lien avec le trafic de drogue et la violence criminelle, ou bien encore Pablo Ramirez, l’agent anti-drogue numéro un du pays, qui dirigeait l’office de lutte contre les stupéfiants. D'une main de fer, Diana Salazar a démêlé l'écheveau après avoir passé au crible des milliers de messages et relevés téléphoniques provenant du téléphone de Norero. 

Venez m'assassiner !
Diana Salazar

Depuis, lors de ses rares apparitions publiques et alors qu'elle a reçu des menaces directes de mort, elle porte un gilet pare-balles en permanence et est protégée par un solide service de sécurité. "Venez m'assassiner !", a-t-elle récemment lancé avec défi lors d'une audience au cours de laquelle elle a demandé l'incarcération de huit nouveaux suspects. Ces derniers jours, les narcotrafiquants ont mis l'État équatorien en échec avec des dizaines de prises d'otages dans les prisons, des attentats à l'explosif et des attaques armées contre la presse. Les violences dans le pays ont déjà fait au moins 19 morts. 

Elle est sous la menace d'une vingtaine d'organisations criminelles qui opèrent en Équateur, naguère havre de paix ravagé par la violence après être devenu le principal point d'exportation de la cocaïne produite dans les États voisins que sont le Pérou et la Colombie. Mais rien ne l’arrêtera dans sa lutte contre la "narcopolitique", a-t-elle encore martelé dernièrement : "Je vais être catégorique, les groupes criminels organisés, les criminels et les terroristes, n’arrêteront pas notre engagement envers la société équatorienne. Nous continuerons avec plus de force et d’engagement."  

Née en 1981 à Ibarra, dans la région des Andes septentrionales, Diana Salazar est titulaire d'un doctorat en jurisprudence et de plusieurs diplômes dans le domaine des droits de l'Homme et de la protection des personnes d'ascendance africaine. Ses défenseurs la surnomment la "Loretta Lynch équatorienne", du nom de l'ex-procureure générale des États-Unis, adepte des grands coups anti-corruption. En 2020, un an après être devenue la première procureure générale noire du pays, Diana Salazar poursuivait pour corruption l'ancien président populaire Rafael Correa (2007-2017). Elle a mené de nombreuses autres affaires de corruption emblématiques, dont celle dite de la "FIFA Gate", qui a abouti à la condamnation à 10 ans de prison de l'ancien président de la Fédération équatorienne de football, Luis Chiriboga, pour blanchiment d'argent.


M.D. avec AFP

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