VIDÉO - "Viginum" : comment ce service français démasque les réseaux de propagande russe

par Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Florian Litzler, Christophe Moutot, Esther Lefebvre
Publié le 16 février 2024 à 13h55

Source : JT 20h Semaine

Presque deux ans jour pour jour après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les autorités françaises ont révélé l'existence d'un réseau très structuré de propagande russe.
À l’origine de cette mise au jour, le Viginum.
Cet organisme d’État lutte quotidiennement contre les ingérences numériques étrangères.

Pour Josep Borrell, c’est une nouvelle forme de guerre, menée "non pas avec des bombes qui peuvent tuer", mais avec des mots et des idées "qui peuvent coloniser votre esprit". Le chef de la diplomatie européenne parle de l’ingérence numérique étrangère. À l’instar de "Portal Kombat", le réseau de sites de désinformation pro-russes mis au jour, le 12 février, par les services français. C’est, plus précisément, le fruit de deux ans de travail du Viginum, le service technique et opérationnel de l'État chargé de la vigilance et de la protection contre les contenus mensongers ou hostiles sur les plateformes numériques, impliquant des acteurs étrangers, dans le but spécifique de nuire à la France.

Ses agents ont remonté le fil liant tout un ensemble de publications en ligne servant la propagande du Kremlin, émanant d’au moins 193 sites aux caractéristiques proches. Les plus récents appartiennent à "l'écosystème Pravda", mot russe qui signifie "vérité", et qui renvoie au nom de l'ancien quotidien du Parti communiste soviétique. "Ils se veulent comme un vrai site, avec une sorte de page d’accueil, et d’autres rubriques à côté, mais en fait c’est du vent, parce que finalement, tous ces liens, toutes ces rubriques, c’est le même procédé. C’est juste l’agrégation de contenus de diverses sources pro-russes", explique Pierre, analyste source ouverte (OSINT) officiant pour le compte du Viginum, au micro de TF1.

Certains de ces sites publiaient plusieurs centaines d’articles par jour, pour un total supérieur à 152.000 en moins de trois mois (du 23 juin au 19 septembre 2023), en français, mais aussi, ont progressivement découvert les enquêteurs, en polonais, en allemand, en espagnol ou en anglais, en utilisant les extensions de domaine les plus efficaces localement ("fr", "de", "pl", "es"). Avant de toucher l'Occident, les premiers sites de ce réseau sont apparus en 2013, ciblant le public russe et ukrainien en Crimée. Et c'est précisément en analysant l'auteur à l'origine de cette première nébuleuse que Viginum a fini par démontrer l’implication globale de l’entreprise TigerWeb, domiciliée en Crimée, notamment grâce à des archives affichant son logo, précédé de la mention "développement et soutien technique" en russe.

En outre, des archives plus anciennes portent l'adresse e-mail topnewsua7@gmail.com, liée à un certain Evgueni Chevtchenko. L’un des deux dirigeants de TigerWeb, dont le profil présente plusieurs "caractéristiques notables", dixit le Viginum dans son dernier rapport : ce développeur web originaire de Crimée a, par exemple, travaillé comme chef de projet au sein de Krymtechnologii, entreprise subordonnée au ministère de la Politique intérieure, de l'information et de la communication de la République de Crimée. Enfin, les investigations techniques menées par le Viginum ont mis en évidence de nombreuses similarités "avec le réseau de sites web de l'entreprise Inforos", considérée par les États-Unis comme administrée par le service de renseignement militaire russe.


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Florian Litzler, Christophe Moutot, Esther Lefebvre

Tout
TF1 Info