La Cour suprême américaine confirme les 241 ans de prison d’un adolescent

Claire Cambier
Publié le 24 avril 2018 à 12h22
La Cour suprême américaine confirme les 241 ans de prison d’un adolescent

Source : AFP

L'essentiel

(IN)JUSTICE - La Cour suprême des Etats-Unis a rejeté l’appel de Bobby Bostic, un homme condamné à 241 ans de prison pour des vols à main armée, des actes qu’il a commis alors qu’il était encore mineur. Il ne pourra prétendre à une liberté conditionnelle qu’à l’âge de 112 ans.

La petite lueur d’espoir vient de s’éteindre pour Bobby Bostic. Cet homme, condamné en 1997 à 241 ans de prison pour une journée de violents vols à main armée commis à l'âge de 16 ans, a vu son appel rejeté par la Cour Suprême américaine, le tribunal du dernier ressort. Cet Afro-américain espérait bénéficier du huitième amendement de la Constitution américaine, qui bannit les "peines cruelles ou inhabituelles". Il n’a pas été entendu.

En 2010 pourtant, la plus haute instance judiciaire des Etats-Unis a interdit l'emprisonnement à vie d'une personne mineure n'ayant pas commis d'homicide - ce qui est son cas. Deux ans plus tard, elle allait plus loin en étendant cette interdiction aux mineurs auteur d'un homicide, une mesure qui peut désormais s’appliquer rétroactivement. Mais pour les procureurs du Missouri, Bobby Bostic n’a pas été condamné à la perpétuité mais "seulement" à une très longue peine. Théoriquement, il peut effectivement prétendre à une liberté conditionnelle, mais pour cela, il lui faudra attendre d’avoir… 112 ans. S’il est encore en vie.

Comment un mineur a pu être si lourdement condamné ?

Retour en 1995. Un jour d’hiver, Bobby Bostic, alors âgé de 16 ans, se lance dans un vol à main armé improvisé avec un ami de deux ans son aîné. Ils dérobent de l’argent à un groupe de personnes dans le quartier de Botanical Heights, dans le Missouri. L’adolescent tire sur l’un deux, il ne sera heureusement qu’éraflé par la balle. Les deux compères car-jackent ensuite une voiture, délestent sa conductrice de ses bijoux et de son argent et l’abandonnent quelques blocs plus loin. Une heure plus tard, les délinquants sont arrêtés.

"Je ne pensais pas que je vivrais jusqu'à mes 18 ans parce que tout le monde autour de moi mourait, donc je me disais que c'était juste une question de temps avant que je ne meure moi-même", explique-t-il aujourd'hui avec du recul. 

Le complice de Bobby opte pour la négociation de peine : il plaide coupable et écope de 30 ans de prison. L'adolescent, lui, refuse et choisit le procès. Il est jugé coupable de 18 infractions pénales. La juge de la ville de Saint-Louis, Evelyn Baker, prend la décision de cumuler les peines et non de les confondre. Bobby Bostic est condamné à 241 ans de prison. "Vous avez fait votre choix, vous allez devoir vivre avec votre choix. Vous allez devoir mourir avec votre choix parce que, Bobby Bostic, vous allez mourir en prison", lui assène-t-elle alors.

Rédemption et regrets

L'homme, aujourd'hui âgé de 39 ans, purge donc une peine plus longue que de nombreux meurtriers. "J'ai eu cinq compagnons de cellule qui avaient commis des meurtres et qui sont depuis rentrés chez eux", a-t-il indiqué à nos confrères de KDSK. Pourtant, après 22 ans en prison, il accepte sa condition : "Je ne suis pas la victime, je n'ai aucune raison d'être amer."

Derrière les murs, il a entrepris de suivre des études et de se mettre à l'écriture. Il est l'auteur de 14 ouvrages dont des recueils de poèmes.

Evelyn Baker qui l'a condamné il y a plus de 20 ans, a exprimé publiquement ses remords. Cette juge afro-américaine a co-signé une tribune avec 26 autres anciens juges, procureurs et membres de la justice pour apporter son soutien à Bobby Bostic face à la Cour Suprême. Elle dit "regretter profondément" son verdict qu'elle juge "injuste". "Ce que j'ai appris trop tard, c'est que (…) les enfants manquent de maturité et de sens des responsabilités par rapport aux adultes parce qu'ils sont encore en train de grandir. Mais pour la même raison, ils ont aussi de meilleures capacités à changer".

SEPT A HUIT - Le quotidien des mères en prisonSource : Sept à huit
JT Perso

"Mr. Bostic devrait avoir une chance de montrer que les crimes qu'il a commis à 16 ans ne le définissent pas", a indiqué l'Union des libertés civiles américaines, qui représentait le détenu face à la Cour suprême. "La constitution ne stipule rien d'autre”, a-t-elle conclu dans un communiqué après avoir appris le rejet de l'appel.


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