À deux mois des JO de Paris, l'incertitude plane encore sur les épreuves de natation prévues dans la Seine.
Les derniers prélèvements ne sont toujours pas concluants.
Regardez cette enquête du 20H de TF1.

La Seine est-elle vraiment prête à accueillir les épreuves de triathlon, de nage en eau libre et de paratriathlon des Jeux olympiques et paralympiques ? Pour le moment, rien n'est moins sûr. À deux mois du début de la compétition, et à quelques jours du grand plongeon dans le fleuve promis par la maire de Paris Anne Hidalgo, trop de bactéries ruissellent encore actuellement dans la Seine à cause de la pluie.

C'est simple : si les épreuves avaient lieu aujourd'hui, avec la météo actuelle, il faudrait les annuler. En prévision de la compétition, la mairie de Paris a lancé ses propres analyses ce week-end. Elles seront menées chaque jour par un laboratoire indépendant rémunéré par la mairie. 

On a des taux d'Escherichia coli (...) qui sont très hauts sur la plupart des prélèvements, le double, parfois le triple des seuils autorisés
Lionel Cheylus, porte-parole de Surfrider

De son côté, l'association Surfrider effectue déjà des prélèvements indépendants depuis huit mois, une fois tous les quinze jours. Et la pluie n'en finissant pas, ses derniers résultats ne sont toujours pas bons. "On a des taux d'Escherichia coli, qui est une des deux bactéries qu'on mesure, qui sont très hauts sur la plupart des prélèvements, le double, parfois le triple des seuils autorisés", affirme Lionel Cheylus, porte-parole de Surfrider.

Ce dernier ajoute que "c'est aussi normal", car "on attend encore la livraison de tout un tas d'ouvrages". Parmi ceux-ci, on compte notamment un immense bassin de 50.000 m³, qui doit récolter les eaux pluviales à côté de la gare d'Austerlitz. Car en cas de fortes précipitations, l'eau de pluie se déverse dans la Seine, emportant avec elle toutes les pollutions alentours. En amont de la Seine, des usines modernisées ont également pour mission de surveiller quotidiennement les eaux traitées afin de vérifier virus et bactéries. 

Pollution chimique et bactériologique

Mais pour l'instant, ce plan d'action ne suffit pas à rendre la Seine propre, au plus grand regret de Michel Riottot, trésorier de l'association France Nature Environnement Île-de-France et ancien chercheur du CNRS. Positionné à sept kilomètres des futurs lieux de compétition de natation, le spécialiste se penche vers l'eau et en retire, devant la caméra de TF1, une matière gluante peu ragoûtante. "Ce n'est pas appétissant du tout. Vous n'avez pas envie d'aller vous baigner", lance-t-il. 

D'après Michel Riottot, une grande partie de la pollution de la Seine vient des immeubles et des péniches toujours pas raccordés au tout-à-l'égout. En raison de ces "mauvais branchements", "les eaux usées et les eaux de toilettes vont se déverser directement dans la Seine et dans la Marne", souligne-t-il. Alors, que risquent actuellement les nageurs qui plongeraient dans la Seine ? Des soucis peu réjouissants : une conjonctivite ou même une gastro-entérite. Michel Riottot rappelle par ailleurs que des produits chimiques, provenant des exploitations agricoles et des industries, se déversent aussi dans la Seine. Or, les mesures de contrôle sont quasi inexistantes.

La mairie de Paris assure pourtant que la situation s'améliore depuis trente ans, en témoigne, selon elle, le retour des poissons dans la Seine. Quatorze espèces s'y épanouissaient en 1990, contre 34 aujourd'hui. Quand on demande au préfet de la région Île-de-France, Marc Guillaume, si les épreuves dans la Seine sont susceptibles d'être annulées, le doute est vite balayé : "La qualité de l'eau sera au rendez-vous. Est-ce que, la veille, il y aura un gros orage qui conduira le COJO [Comité d'organisation des Jeux olympiques, NDLR] à déplacer les épreuves d'un ou deux jours ? C'est possible."


N.K | Reportage : François-Xavier Ménage, Olivier Cresta

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