Interview

Julie Marano, guide de para triathlon : "Nous entretenons un lien de confiance très fort entre nous"

Publié le 2 avril 2024 à 8h45

Source : JT 13h WE

Médaillées de bronze aux championnats du monde de 2023, championnes d’Europe en 2021… En triathlon catégorie PTVI femme, Julie Marano et Annouck Curzillat ne cachent pas leurs ambitions de podium.
La première guide la seconde non-voyante dans l’eau, sur leur vélo et en courant. Elle raconte son regard sur le lien qui les unit et le handicap.
Pour Avec Elles, nous vous présentons une série de sportives médaillables aux Jeux paralympiques de Paris du mercredi 28 août au dimanche 8 septembre prochain.

750 mètres de natation, 20 kilomètres de cyclisme et 5 kilomètres de course. Objectif, franchir la ligne d’arrivée environ une heure et onze minutes plus tard pour décrocher une médaille aux Jeux paralympiques de Paris.

A 27 ans, Julie Marano ne concourt pas seule. Elle accompagne Annouck Curzillat, non-voyante, depuis les Jeux paralympiques de Tokyo 2021. "Annouck se débrouillait seule pour trouver sa guide. En 2019, elle m’a contacté. Je l’ai suivie sur un de ses stages. Sa guide est tombée de vélo à dix jours de la Coupe du monde. Nous nous sommes rencontrées chez ses parents pour parfaire le lien et on a fait la course."

La force du lien

Guider une personne aveugle sur un triathlon ne s’invente pas. Un lien uni toujours les deux sportives. Dans l’eau, une corde élastique les relie au niveau de la cuisse "pour éviter qu’Annouck ne nage jusqu’à l’autre bout du lac", s’amuse Julie Marano. À vélo, elles pédalent sur un tandem. À pied, la même corde les lie au niveau du bras. "Nous entretenons un lien très fort et nous utilisons beaucoup ce mot entre nous", confesse la guide. Elle raconte qu’elle n’a pas été formée : "J’ai appris sur le tas. Mon rôle revient à accompagner Annouck, du début à la fin, de la préparation de la course au rangement du matériel".

Difficile pour Annouck de se rendre compte du parcours de la course. Pour contourner le problème, les deux jeunes femmes ont mis au point un stratagème bien rodé : "Je regarde d’abord le parcours sur l’ordinateur, je lui décris et on trace ensemble un schéma en relief. Ces repères lui permettent de savoir que nous tournerons quatre fois à gauche, par exemple. Une fois sur le site, nous mettons en pratique ce qu’elle a retenu du schéma et je peux réexpliquer des détails pour être sûre qu’elle a bien compris."

Annouck Curzillat considère les transitions comme une quatrième discipline. "Nous n’avons qu’une minute pour passer d’un sport à l’autre. De la natation au vélo, par exemple, il faut s’habiller et déposer ses vêtements dans un coffre. Rien ne doit dépasser", expose Julie Marano. La guide doit parfaitement connaître son athlète pour anticiper ses gestes, l’aider à enlever sa combinaison et poser le vélo. De mauvaises coordinations peuvent faire perdre beaucoup de temps au couple : "Je dois mettre Annouck dans les meilleures dispositions possibles. Nous travaillons à l’entraînement les automatismes. En partant, je fais un check-up pour vérifier que rien ne reste."

L’aide, le dépassement de soi et le dévouement. Autant de qualité que la kinésithérapeute retrouve dans son métier et son engagement de réserviste pour la police nationale. La Jurassienne souligne l’importance de communiquer avec Annouck : "Nous ne sommes pas des leadeuses. Nous nous motivons l’une l’autre si ça va moins bien." Difficile de trahir les secrets de leur équipe. Mais la guide souffle qu’Annouck la fait rire : "Ca nous porte, on ne pourrait pas en faire autant si on ne riait pas autant. On ne se prend pas la tête, on reste dans notre bulle lorsqu’on en a besoin et on se retrouve pour partager ensuite."

"Je trouve ça extraordinaire d’être ses yeux"

Avant de rencontrer Annouck Curzillat, Julie Marano ne connaissait pas le handicap. "J’en avais entendu parler, évidemment, j’avais aussi fait un stage avec des personnes handicapées moteur et mentales." Rapidement impressionnée, elle raconte une de ses premières aventures : "Nous roulions à Lyon sur notre tandem et c’est elle qui me disait où aller. Elle commentait la route en me signalant par exemple une boulangerie à gauche, exactement où elle se situait. Elle m’a bluffé. Elle se repère très bien." Aujourd’hui, les deux jeunes femmes ne s’entraînent pas au même endroit. En course, la guide assure devoir imprimer le rythme : "Sur le vélo, plus j’appuie sur les pédales, plus on accélère. En course à pied, je dois rester lucide en cas de trou. Je dois nous décaler vers la gauche ou la droite en fonction du monde sur la route."

Julie Marano transmet beaucoup d’admiration lorsqu’elle parle d’Annouck. "Elle sait ce qu’elle veut et elle sait où elle veut aller. Je trouve ça extraordinaire de partager ma passion du triathlon et d’être ses yeux."


Geoffrey LOPES

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